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Anne Pingeot, la captive de Mitterrand





« Soumise, dévote… ». A priori, tout a été dit sur Anne Pingeot, mais en fait, rien. Personne ne la connaît. Anne Pingeot, pourtant, dans une double vie clandestine, a partagé sa vie pendant trente-cinq ans avec François Mitterrand. Aujourd’hui, le très beau livre-enquête de David Le Bailly, publié le mois dernier chez Stock, soulève une partie du voile, et nous dit davantage de cette femme mystérieuse.


Anne Pingeot, la captive de Mitterrand
Personnellement, le livre m’intéressait. Je le sais, les règles dictent que je ne devrais pas écrire « je », mais au diable les conventions ! Dans ce cas précis, je me permets d’écrire, « je ». Le livre de David Le Bailly m’intéresse pour des raisons très personnelles. Non parce que je suis fan de Monsieur François Mitterrand depuis la première heure, je ne l’ai jamais été, mais parce qu’Anne Pingeot, et moi, partagions le même oncle, André.
 
Ce postulat a fait, que même enfant, je connaissais le prénom de Mazarine, et en même temps, celui de son pur-sang arabe, offert pour un anniversaire, je ne sais plus lequel. Dans notre famille traditionnelle, et de droite, tout cela, avait plutôt intérêt à passer inaperçu. Mais nous savions, nous étions au courant, tous un peu honteux, des allers et retour de François Mitterrand dans la propriété familiale d’Hossegor, et du reste : en général, il était convenu que quand son labrador noir courait dans le jardin, son hélicoptère, qu’il soit candidat à la présidence de la république, ou plus tard, président de la République, s’était posé non loin.
 
En même temps, Anne Pingeot, je ne la connais pas. Je ne l’ai jamais rencontrée. Elle est juste la cousine germaine de mes cousins germains, dans une époque qui ne dit rien, et qui ne livre aucun secret, surtout celui là, inavouable. Anne Pingeot, est dans le Clermont Ferrand de cette époque, les années soixante, une cousine des Michelin, une jeune fille issue d’une famille de la grande bourgeoisie provinciale de la droite catholique.
 
Si par des canaux différents, j’ai reçu les épreuves du livre de David Le Bailly, j’ai eu envie de les lire, à plus forte raison, car elles arrivaient précédées d’un bel article publié dans Elle, le mois dernier. Je me suis plongée dans cet excellent ouvrage, et qui, d’une façon honnête et digne, lève extraordinairement, le voile sur Anne Pingeot, personnalité discrète s’il en est, mais que l’auteur a finit par percer à jour.

David Le Bailly n’a rien d’un journaliste envieux et fouille merde. Il a, afin d’écrire ce livre, mené une véritable enquête. C’est sans doute, le premier et le seul à dresser un portrait si proche, et en même temps, si compliqué : il montre les ambivalences et les contradictions d’Anne Pingeot. Elle apparaît d’ailleurs comme une femme rigide, une femme de l’ombre, la maîtresse « officielle » qui a vécu avec François Mitterrand pendant trente ans, et lui a donné une fille.

Surtout, il décrit sans concession, une femme dure, ambitieuse, extrêmement cultivée, et pas commode, mais d’une grande force de caractère, et du caractère, il en fallait pour supporter François Mitterrand. Une femme, qui au long des années, s’est enfermé dans son secret, comme son secret s’est refermé sur elle.
 
Le journaliste apporte des éléments concrets sur l’énigme du même nom, Anne Pingeot, conservatrice au Musée d’Orsay et maîtresse de François Mitterrand, avant son accession à la présidence de la République, et pendant ses mandats successifs, le père de son unique enfant, Mazarine, qui au moment de la sortie de La captive de Mitterrand, change de registre littéraire, et livre un truculent et décomplexé roman, Les invasions quotidiennes, qui dans le genre chick-lit, marche parfaitement.

David Le Bailly, décrypte la relation mal comprise entre Anne Pingeot et François Mitterrand, que l’on comprend mieux désormais. Il a beau être beaucoup plus âgé qu’elle, de vingt-sept ans son aîné, ils ont en commun un héritage identitaire, culturel et terrien, celui de la grande bourgeoisie de la droite catholique, et cela, aussi étrange que cela puisse paraître, les a entre autres, soudés envers et contre tout.

La captive de Mitterrand, de David Le Bailly, (Stock)
Les invasions quotidiennes, Mazarine Pingeot, (Julliard)