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Bourreaux de travail





Bien-être au travail, souffrance au travail, des dossiers chauds brûlants, mis en lumière ce mois-ci avec deux livres.


Hasard du calendrier, deux livres sortent en même temps sur la souffrance au travail et les différentes façons d'y remedier. Sociologue et psychiatre, les deux auteurs sont chercheurs au Conservatoire national des arts et métiers. On doit le premier opus, au sociologue Michel Lallement. Dans L’Âge du faire, sous-titré, Ces communautés qui inventent le travail de demain, le sociologue dresse le portrait d’une génération, Y ou Z, voire les deux, mais dans tous les cas, débrouillarde et ingénieuse. Basée sur le plaisir et la collaboration, ces jeunes inventent une nouvelle façon de travailler, innovante et décomplexée, parfois anarchique, mais salutaire.
 
Le titre du second livre en dit long : Le Choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité. Il est écrit par le psychiatre Christophe Dejours. Ce dernier se penche sur la souffrance au travail. En revanche, son angle ne se limite pas au mal-être professionnel. Le psychiatre démontre que l’on peut aujourd’hui travailler autrement, en étant également efficace, voire plus. Pour écrire leurs livres, les deux chercheurs sont allés sur le terrain. Le sociologue Michel Lallement s’est immergé un an durant dans un hackerspace californien. Autrement dit, un open space pour bidouilleurs geeks. Les travaux du psychiatre Christophe Dejours quant à eux, l’ont mené dans le service de réanimation d'un hôpital, mais aussi dans une entreprise spécialisée dans l’aménagement du territoire et une centrale téléphonique.
 
Les deux spécialistes ont des visions opposées du monde professionnel. Au-delà, une approche des nouvelles technologies qui diffère également. Pour Michel Lallement et son incubateur californien, il est question d’inventer ou de réinventer des métiers. Le tout pas très loin d’un happening créatif finalement, mais dans l’enthousiasme, l’énergie prolifique et la bonne humeur. Pour Christophe Dejours, les médecins qu’il a suivis sont de plus en plus coupés des malades. Ils se retrouvent désarmés dans une sorte de fuite en avant qui voit disparaître le collectif. Fuite en avant pour se protéger psychiquement avec des mécanismes de défense variés : surdose volontaire de travail afin d’apaiser l’angoisse, désengagement, agressivité... Résultat, mauvaise ambiance comparée à celle des bidouilleurs de San Francisco, « seul ensemble ». Autrement dit, individualistes mais faisant partie d'une même communauté. On parie qu’ils travaillent casqués. Mais peut-importe, s’ils sont heureux au travail. Dans tous les cas, ils s’épanouissent dans ces « micro-innovations sociales ». Elles s’opposent à la souffrance observée par Christophe Dejours dans des structures plus traditionnelles. Pour lui, le salut viendra avant tout, du « nouveau manager. »
 
L’Âge du faire. Hacking, travail, anarchies. Ces communautés qui inventent le travail de demain, Michel Lallement (Le Seuil).

Le Choix. Souffrir au travail n’est pas une fatalité, Christophe Dejours (Bayard).