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Comment Wikipedia pourrait indiquer les fluctuations des marchés financiers





De nombreux outils sont à la disposition des acteurs évoluant sur les marchés financiers pour prévoir les variations des cours de bourse. Depuis peu, une analyse(1) met en relation la chute des titres et la consultation de pages Wikipedia.


Comment Wikipedia pourrait indiquer les fluctuations des marchés financiers

Internet, principale source d’informations

Avec la masse gigantesque de données disponible sur Internet (ce qui peut être par ailleurs un frein), les recherches sur la Toile sont devenues la première source de prospection de l’information. Ainsi, Internet n’a pas seulement changé le quotidien de la population, mais aussi la manière de voir son passé, en constituant une base de ressources énorme et accessible à chacun ; son présent, en permettant la consultation instantanée d’informations ; et son futur, en influant sur les processus de décision, sur la collecte d’éléments pertinents entrant dans la constitution d’une décision. Comment la recherche d’information, sa fréquence et sa quantité de consultation peuvent-elles prédire des changements au sein des marchés financiers ? C’est ce qu’a cherché à démontrer une équipe de chercheurs américains dans une étude publiée début mai 2013, par le Department of Interior National Business Center. Cette synthèse est intitulée « Quantifying Wikipedia Usage Patterns Before Stock Market Moves », ou en français « Quantifier les habitudes d’utilisation de Wikipedia avant les mouvements de bourse ».

Une information utile à la prise de décision

L’équipe américaine a pris comme postulat de départ que la recherche d’informations sur Internet, et particulièrement celle recueillie sur l’encyclopédie en ligne Wikipedia, pourrait indiquer des tendances dont il est possible de déduire les comportements ultérieurs des personnes, notamment dans l’analyse des processus de décision. Car chaque prise de décision suit en principe un processus de réflexion plus ou moins long où peuvent intervenir des phases de renseignement. Ainsi l’étude se focalise sur les mouvements des marchés financiers entre décembre 2007 et avril 2012 pour les sociétés cotées au Dow Jones Industrial Average (DJIA).
 
Dans leur analyse, les chercheurs ont réussi à mettre en relation l’accroissement du nombre de pages et d’articles vus au sujet d’une entreprise ou de certains aspects financiers, avec des mouvements du marché à la baisse. En comparaison, un tel comportement n’a pas été observé lors de la sortie de films, de séries ou de tout autre sujet ayant un lien moins ténu avec le monde financier, par rapport à la consultation de pages d’acteurs ou de réalisateurs. Par ailleurs, ce comportement serait davantage présent lorsqu’il s’agirait d’un investissement, car, comme le soulignent les chercheurs : « les études précédentes sur l'économie comportementale ont montré que les humains présentent une aversion pour la perte : autrement dit, ils sont plus préoccupés par la perte de £5 qu'ils ne le sont de manquer une occasion de gagner 5£ ». Dans cette logique, l’étude démontre qu’il existe donc un lien entre le risque de perte et la hausse de recherche d’informations, puisque l’homme serait plus préoccupé lorsqu’il y aurait un risque où la possibilité d’une situation déficitaire serait élevée. La consultation des pages Wikipedia n’est donc pas le facteur déterminant d’une tendance baissière des marchés, mais bien un indicateur que des investissements présentant des risques de pertes sont envisagés. Ainsi, cela dénote d’un risque plus élevé sans toutefois l’entériner.

Une anticipation est possible à condition de savoir où chercher

Ces résultats dégagent le fait que l’utilisation des données présentes sur Internet peut permettre, selon les chercheurs américains, « d’acquérir un nouvel éclairage sur les différentes étapes de la prise de décision collective » en dégageant les « processus de collecte de renseignements qui précèdent les actions prises dans les ensembles de données de comportement dans le monde réel. ».
 
Mais plus largement cela démontre que l’analyse tendancielle de ce qui se dit, se fait, s’écrit ou se consulte sur Internet traduit les intentions des internautes et renseigne également potentielle sur des évènements à venir. Recorded Future, un moteur de recherche prédictif, présente par exemple une analyse prospective de l’évocation des sujets en prenant une multitude de sources et en examinant leur récurrence (il se concentre pour cela sur les éléments permettant de fixer une temporalité, la conjugaison des verbes et les références à une période). Si les plus enthousiastes allaient jusqu’à donner pour acquise notre capacité à prévoir l’avenir, les plus réalistes sont bien forcés de constater qu’à défaut de pouvoir jamais prédire le futur, l’Homme se rapproche chaque jour un peu plus de ce dernier par sa capacité à réduire le champ des possibles.



(1) Étude disponible en anglais à l’adresse suivante : http://www.nature.com/srep/2013/130508/srep01801/full/srep01801.html