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"Daech ; l'arme de la communication dévoilée". Retour sur cette analyse à la veille de la chute proche et probable du califat.





Décryptage de la communication 2.0 de Daech, de son contenu, de ses méthodes et de sa stratégie. Analyse de l'ouvrage de F.B. Huyghe, auteur de "Daech ; l'arme de la communication dévoilée" chez VA Editions.


François-Bernard Huyghe, docteur d’État en sciences politique et directeur de recherche à l’Iris a consacré plusieurs ouvrages à la communication terroriste (« Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire » et « Terrorismes, Violence et propagande »), Cette fois, il décortique la propagande de Daech, à la fois sur le fond, sur sa forme spectaculaire et sur ses méthodes de diffusion. Il s’appuie en particuliers sur leurs textes abondants et explicites et sur leur production en ligne.
 
Si al Qaïda a réalisé l'attentat spectacle le plus filmé de tous les temps (onze septembre : la "propagande par le fait" à son paroxysme) sa communication était restée "Web 1.0" : sites et forums, vidéos sur la Toile répondant à des genres figés (prédication, entraînement, exécutions d'otages, testaments vidéo avant attentat). Daech est bien plus "2.0", avec des messages adaptés à des publics différenciés et en les incitant à participer (au moins derrière l'écran). Sa stratégie combine presse en ligne de qualité (dont le mensuels multilingue « al Rumiyah »), "grandes productions" (esthétisme et gros moyens de films d'exécution, détournement des codes hollywoodiens), reportages du front (parfois par les combattants eux-mêmes avec caméra "subjective"), scènes de la vie quotidienne au pays de Cham (Irak + Syrie), sans oublier les témoignages des suiveurs qui deviennent émetteurs à leur tour (sur Facebook, Twitter, etc.) voire  ceux des terroristes qui deviennent les reporters de leur propre mort au cours de l’attentat. Le tout au service d’une rhétorique : la promesse du Paradis pour le martyr, la certitude d’une victoire planétaire pour la communauté des croyants persécutée, et l’affirmation qu’il n’y a qu’une façon de mettre en œuvre les prescriptions divines.
 
 La propagande de Daech, remarque l’auteur, passe ainsi à la fois par « nos » médias (en nous imposant le spectacle des attentats), par sa propre production « un vers tous » centralisée et sophistiquée, mais aussi par les réseaux sociaux « tous vers tous ». Fonctionnant sur un principe d’autorité absolue, celle du Prophète, celle du calife, celle de la communauté des croyants..., le discours djihadiste est particulièrement résistant à toute tentative de réfutation que ce soit par les faits ou par des arguments religieux (mauvaise interprétation du message coranique p.e.) dans la mesure où il présente par avance tout argument adverse comme prévu par la doctrine. Une sorte de résilience idéologique dont il faudra tenir compte après une très probable victoire militaire sur le califat. 
 
Les djihadistes peuvent-ils être vaincus par effondrement de leurs forces morales et pas seulement matérielles s'ils sont militairement écrasés ? La perte du territoire sacré du califat se compensera-t-elle au contraire en gains symboliques (comme un grand ressentiment :  floraison du terrorisme présenté comme un jihad défensif, individuel, de vengeance) ? Dans tous les cas, le livre nous renvoie au problème de la guerre du sens que les Occidentaux n’ont pas su mener et qu’ils devront découvrir face à une éventuelle floraison d’actes de terreur inspirés par la volonté de venger le califat.
 
Tout discours officiel dit anti-extrémisme, même cosmétisé par une agence de "com", est décrédibilisé auprès des jeunes radicalisés. Il l'est du fait de sa source (ils ne croient ni les institutions ni les mass médias) et du fait de son code (ils vous manipulent, vous allez mourir et commettre des crimes, les barbares ne nous feront pas céder car nous sommes la démocratie et la tolérance...). Or les destinataires sont adeptes de valeurs et de critères rigoureusement opposées.
 
D’autres stratégies pourraient jouer du second degré -une démarche qui pervertit les codes par la parodie ou l'ironie, qui utilise de fausses identités pour infiltrer et intoxiquer, celle qui rompt le lien au sein de leurs communautés en ligne (y compris par du sabotage informatique sur des médias sociaux), qui suscite des dissensions en jouant de leurs règles et de leurs contradictions (p.e. : témoignage de déserteur sur la conduite des chefs). Un travail difficile mais qui pourrait donner des idées aux internautes de la "société civile".
En allant aux sources, le livre nous propose ainsi d’aborder le phénomène djihadiste à la fois comme une idéologie archaïque totalement close, face à laquelle l’affirmation de notre ouverture ou de nos valeurs d’individualisme et de tolérance ne pèsent guère, et comme la mise en œuvre de techniques de communication ultra-moderne. Et ouvre des pistes stimulantes sur les ripostes possibles.

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