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Dépression numérique





Le 1er avril prochain, sort aux Arènes, ce n’est pas un poisson d’avril, le récit du journaliste Guy Birenbaum. Il raconte sa dépression déclenchée par son hyperconnexion.


Dépression numérique
Nouveaux maux et ère numérique ? Vaste sujet. Moins théorique, le récit que publie le journaliste et éditeur Guy Birenbaum aux Arènes le mois prochain, est aussi effrayant que captivant. Dans Vous m’avez manqué, il raconte sa descente aux enfers, induite, en tout cas déclenchée par sa surconsommation d’Internet. Petit à petit, le polémiste se laisse happer par un monde virtuel fait de tweets, de blogs, de plongées dans les réseaux sociaux, Facebook, Instagram, la pensée qui se réduit à 140 signes… Des mondes où l’égo se mesure à son nombre de followers. L’éditeur et journaliste en avait 145 000. De quoi donner le tournis. Comme dans toute dépendance, c’est l’excès, le manque de mesure finalement qui ont raison de lui, et avec, de sa santé mentale. « Je me suis laissé dériver (…) j’ajoutais du bruit au bruit. Je ventilais… La notoriété pour rien. » Des Propos rapportés dans M Le Magazine du Monde qui lui a consacré un long papier la semaine dernière. « Branché en permanence sur le Web, j’ai absorbé comme une éponge l’antisémitisme et la violence de l’époque. J’ai payé le prix fort. » 

 
Hyperconnecté, il glisse. Le sujet n’est plus la qualité du sujet dont il parle, mais combien de fois ses propos vont être repris, retweetés, reblogués. Une course irrationnelle à la médiatisation, à la reconnaissance qui le pousse en dehors de la vie réelle et évidemment en marge de sa vie de famille. « Est-ce que tu te rends compte que tu réponds à des gens que tu ne connais pas mais que tu n’arrives plus à nous parler, à moi et tes filles ? », lui fera justement remarquer sa femme. La dépression pointe son nez. À lire le livre de Guy Birenbaum, à qui l’on doit d’avoir édité des témoignages chocs comme Dans l’enfer des tournantes chez Denoël ou Sept ans de solitude d’Éric Halphen, on découvre que l’hyperconnexion n’est pas la cause de tous ses maux. Sans doute, certains sont liés à l’histoire en pointillé et très intime de ses parents durant la guerre. Sa mère, Tauba Zylbersteijn échappe à 14 ans à la rafle du Vel’ d’Hiv grâce à une voisine. Pendant sa dépression, la psychanalyse l’a aidé à défricher. Un bon travail analytique, une femme aux méthodes pragmatiques et radicales, des amis, et le voilà exfiltré du Web. « 

Aujourd’hui, j’ai retrouvé le goût des autres, celui des projets, l’envie. Et surtout une juste distance. » Son livre, il l’a écrit « pour que la lectrice inconnue, le lecteur perdu au fond de sa nuit, sache que « ça » arrive. » Alors que la digital detox est un thème très à la mode et débattu, souvent moqué, on va peut-être la considérer autrement.
 
Vous m’avez manqué, Guy Birenbaum, (Les Arènes).