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Ecoles d’ingénieurs françaises : l’offensive par la taille





Parfois desservies à tort par les grands palmarès internationaux, eux-mêmes largement contestés, les écoles d’ingénieurs françaises invoquent pour leur défense des spécificités et une spécialisation peu compatibles avec des critères de classement internationaux trop normés. Avec un enseignement reconnu comme l’un des meilleurs au monde, les écoles d’ingénieurs hexagonales poursuivent leur mutation pour une meilleure reconnaissance internationale.


Des classements multiples peu à notre avantage

"Plant On Working Table And Crane Construction Background", Khunaspix (CC)
"Plant On Working Table And Crane Construction Background", Khunaspix (CC)
Le classement de Shanghai est surement l’exemple de classement des universités le plus connu. Son édition 2013 a pourtant une fois encore mis la France dans un certain embarras : alors que l’Education nationale constitue le premier poste budgétaire de l’Etat, l’enseignement supérieur n’obtient pas les résultats escomptés.

Les premières universités et écoles françaises sont très loin du top 10, et à peine 20 d’entre elles figurent dans le top 500. En cause, la relative atomisation des écoles et universités françaises et leurs diverses spécialisations. Pour Patrick Roure, Président de l’association des Centraliens, regroupant les anciens élèves de l’Ecole Centrale de Paris, « nous avons besoin d’avoir des établissements d’enseignement supérieur scientifiques de niveau mondial, avec des « marques » connues, tout comme les Allemands, les Anglais, les Américains ou les Chinois aujourd’hui ». Et pour cause : selon lui, « nous avons joué dans notre cour. Nous avons été les rois de notre village. Aujourd’hui, il est indispensable de changer de plateau de jeu dans la formation scientifique. »

D’un autre côté, aucun de ces classements n’est taillé pour mettre en avant l’enseignement français. Néanmoins ce n’est pas leur rôle. Même dans le cas des seules écoles d’ingénieurs, domaines dans lequel le savoir-faire académique et industriel français est indiscutable, le résultat n’est guère à notre avantage. Qu’il s’agisse du Times Higher Education World University Rankings’ Engineering and Technology ou du QS World University Rankings - Engineering and Technology, personne n’est surpris de trouver dans les têtes de listes le Massachusetts Institute of Technology (MIT), le California Institute of Technology (Caltech) ou encore Stanford University. Mais les Ecoles d’ingénieurs françaises ne figurent que rarement dans le haut du classement. Or personne ne saurait remettre en cause la qualité de l’enseignement et des élèves sortis de Polytechnique, Centrale, ou encore de l’Ecole des Mines, pour n’en citer que trois parmi les plus prestigieuses.

Regroupements nationaux…

Sans placer ces classements au cœur de leur stratégie, les écoles d’ingénieurs françaises restent tout de même sensibles à ces marques de reconnaissance internationale. De manière générale, elles ont toutes identifié l’une des principales faiblesses nationales : la taille. Patrick Roure relève ainsi que « la notion de taille critique entre en ligne de compte, et devient préjudiciable au bon classement de notre pays dans ces rankings. Selon lui, la méthodologie utilisée ne correspond pas à notre système d’enseignement supérieur, sans pour autant remettre en question sa qualité. » De fait, là où une université américaine regroupe plusieurs milliers d’étudiants et des centaines d’enseignants-chercheurs, les écoles françaises affichent des effectifs bien moindres, parfois de l’ordre d’un facteur dix. L’équipe enseignante de Stanford compte à elle seule 22 prix Nobel dans ses rangs.

Pour renverser cette tendance à l’atomisation, les écoles françaises se regroupent  : c’est tout l’objet des Pôles de Recherches et d’Enseignement Supérieur (PRES), qui regroupent écoles de commerce ou d’ingénieurs publiques et privées, laboratoires et entreprises.

Ainsi, en plus de la logique de réseau qui prévalait jusque-là pour les écoles d’ingénieurs, des fusions et regroupements sont en cours : l’Ecole Centrale s’est ainsi rapprochée de Supélec. Comme l’école Polytechnique, elle s’intégrera sous peu au campus Paris-Saclay. « Dans Paris-Saclay nous voulons trouver une formule de coopération avec les autres acteurs qui nous permette d’être tous plus efficaces sans disparaître. Nous montons déjà un collège doctoral unique qui permettra aux scientifiques de chaque discipline, dans chaque école ou université, de travailler ensemble », précise Yves Demay, directeur général de l’Ecole Polytechnique. « [Le campus de Paris–Saclay] accueillera aussi en son sein des pôles universitaires d’excellence qui démontreront la complémentarité, bien plus que l’opposition, entre les universités et les grandes écoles d’ingénieur françaises, autant que l’intelligence dans l’harmonisation de ces ensembles » ajoute Patrick Roure. 

…Pour une visibilité internationale

Evoquant les concentrations en cours, Patrick Roure résume la démarche de Centrale : « nous allons pouvoir entrer, par le nombre d’étudiants, le nombre de chercheurs et de publications à venir, par la qualité des professeurs que nous allons pouvoir accueillir, sur le plateau de jeu mondial de l’enseignement supérieur scientifique ». Si les écoles se rapprochent pour réaliser des économies d’échelle et créer des synergies académiques et opérationnelles, c’est surtout pour gagner en attractivité et en légitimité internationale. Quitte à enseigner l’excellence, autant que cela se sache.

L’internationalisation des cours, des contenus, des formations et du corps professoral lui-même sont devenus incontournables pour toutes les écoles : « l’innovation, les produits, les équipes, le travail collaboratif et plus généralement les activités n’ont plus de nationalité. Il serait absurde de conduire nos recherches avec des équipes hexagonales mêmes publiant au niveau international », explique Tamym Abdessemed, directeur de la production scientifique de l’ICN Business School de Nancy.

Autre école de cette même ville et du même campus de l’Alliance Artem, l’école des Mines de Nancy a internationalisé ses cursus en se dotant de moyens inédits pour une école d’ingénieur, dont une « Maison des Langues et des Cultures ». A rebours du tropisme anglo-saxon, les Mines de Nancy se tourne vers les pays atypiques dans le monde universitaire : « pour accroître son rayonnement international, l’école oriente désormais l’essentiel de ses démarches partenariales en direction des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), du Canada et des pays émergents, comme le Vietnam et la Colombie », confie son directeur Michel Jauzein.

Il va de soi qu’en plus des réseaux d’anciens élèves, ces écoles d’ingénieurs comptent désormais sur l’international pour asseoir leur développement et consolider leur rayonnement. Elles pourront naturellement aussi s’appuyer sur la réputation des fleurons industriels et technologiques hexagonaux, qui prouve chaque jour que le savoir-faire des ingénieurs français n’a rien à envier au reste du monde.