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Human 2 Mars : bientôt une colonie humaine sur Mars ?





Le sommet « Human 2 Mars » qui s’est tenu à l’université Georges Washington (Washington D.C.) aux États-Unis du 6 au 8 mai a regroupé nombre d’acteurs du domaine spatial, dont l’emblématique Buzz Aldrin et le directeur de la Nasa, Charles Bolden. Cet ensemble de conférences a été l’occasion de concrétiser l’ambition américaine de coloniser d’ici 2030 la planète Mars, malgré les nombreux freins, parmi lesquels figure le manque de moyens et de technologie.


Human 2 Mars : bientôt une colonie humaine sur Mars ?

Une réalité envisageable dès 2030.

Depuis quelques mois, un recentrage a été effectué sur la possibilité d’une mission visant à établir un programme spatial avec une participation humaine. L’un des partenaires du sommet, Boeing, a par ailleurs publié un sondage assez pratique pour appuyer le sommet, puisqu’il montre que 75 % des Américains sont favorables au doublement du budget annuel de la Nasa. Aujourd’hui de 17 milliards de dollars, ce chiffre est toutefois à relativiser puisqu’il ne représente que 0,5 % du budget fédéral tandis qu’il représentait 4 % lors du développement de la mission Apollo. L’organisation d’un tel sommet semble montrer la nouvelle impulsion que la fédération souhaite donner aux programmes spatiaux.
 
L’expérience de Buzz Aldrin, en plus du caractère symbolique de sa présence, pourrait être prise en compte dans le développement d’un programme spatial. Pilote du module lunaire de la mission Apollo 11 (celle qui s’est pour la première fois posée sur la Lune avec des humains à son bord), il a emboité le pas à Neil Armstrong sur le sol lunaire. Selon l’ancien astronaute, la colonisation de la planète Mars est à la portée des humains, et elle doit par conséquent être mise en place sans plus tarder. Et si Buzz Aldrin et la Nasa sont en désaccord sur la capacité de la technologie actuelle, qui selon ce premier permettrait déjà un voyage vers Mars, ils n’en demeurent pas moins tous deux d’accord sur le fait que la Nasa doit développer ce projet avec l’aide du secteur privé. En outre, afin de permettre la conception d’un modèle de référence, Buzz Aldrin encourage la Nasa à programmer une mission mettant en scène pendant trois jours des Hommes sur la Lune. Cette mission pourrait être coordonnée entre plusieurs agences spatiales dont celles européenne, indienne, russe ou encore chinoise.
 
Toutefois le défi est de taille puisque la distance entre la Terre est Mars peut varier de 56 millions de kilomètres pour la distance la plus courte, et jusqu’à 400 millions pour la plus lointaine (en fonction de la position de deux corps, suivant leur trajectoire). En outre, cela suppose l’étude de nouveaux lanceurs, puisqu’il faudrait dégager de la pesanteur 30 à 40 tonnes de matériel pour permettre aux hommes de s’installer sur Mars, alors que les masses lancées habituellement sont bien inférieures.

Un développement technologique qui demandera un lourd investissement.

Développer une telle mission suppose un développement technologique, notamment au niveau des lanceurs. La Nasa développe actuellement un projet de propulsion solaire électrique qui pourrait aussi être utilisé pour alimenter les habitations pouvant être établies sur Mars lors de la mission. Car il ne s’agit plus d’un projet de vol habité comme cela a pu être le cas pendant les trente dernières années, mais bien de l’établissement d’une colonie sur une autre planète. Par ailleurs, la fusée qui emmènera les humains de la Terre à Mars devra être capable de fournir une plus grande poussée, et les propulseurs du module devront procurer une vitesse plus élevée que ceux utilisés pour les autres missions habitées afin de réduire le temps passé dans l’espace.
 
Pour l’heure donc, la « Nasa n’a pas actuellement les capacités technologiques d’envoyer des humains sur Mars », pour autant les États-Unis sont « sur la route », affirme Charles Bolden. Est-ce que les 17 milliards investis par le gouvernement américain chaque année dans le domaine spatial seront suffisants pour arriver à élaborer un projet viable ? Il faut noter que nous ne sommes pas dans la même situation qu’il y a 44 ans, avec l’opposition d’un bloc et d’une coalition. Même si le monde multipolaire reste cerné de nombreux conflits et oppositions, la perspective d’un développement international n’en est pas moins réelle.

Une annonce relevant d’un positionnement stratégique.

Le projet « Human 2 Mars » est révélateur d’une stratégie déjà initiée il y a trois ans par le président Barrack Obama, alors qu’il annonçait au sujet du programme Constellation(1) en avril 2010, vouloir renoncer aux vols habités. La presse occidentale avait alors pris l’annonce comme une décision arrêtée, présentant cette nouvelle comme mettant un terme aux ambitions spatiales américaines. Ce que la presse chinoise avait eu l’intelligence de remarquer c’est que, au contraire « en renonçant au programme Constellation, le Président Obama voulait remettre en route les technologies du futur. »(2). La décision de développer les missions en direction de Mars participe donc d’une stratégie visant à repositionner les objectifs fondamentaux en matière d’ambition spatiale.
 
Par ailleurs, si le vol spatial habité concerne majoritairement les États-Unis, et dans une moindre mesure les ambitions russes et chinoises, en Europe, la coordination reste encore difficile pour espérer une structuration de programmes prévoyant le vol habité. Et s’il y a effectivement déjà eu des vols européens, il n'y a pas, actuellement, de politique européenne en la matière. L’avenir d’une mission sur Mars risque bien de se jouer sans l’apport, sinon symbolique, de la part des Européens.
 
En Amérique, on prépare déjà le terreau d’éventuels astronautes, en propageant un intérêt pour Mars. Notamment avec le site Going to Mars où la Nasa propose à toute personne de poster un message personnel avec son nom afin qu’il soit enregistré sur un DVD puis envoyé en orbite avec le lancement du satellite Mayen en novembre 2013 (Mars Atmosphere and Volatile Evolution).
 
Le froid, l'absence d'oxygène, la chaleur aussi, les distances considérables, l'absence de pesanteur sont autant d'éléments constitutifs d'un milieu hostile à l'espèce humaine. Pourtant, et malgré ces inconvénients défavorables à toute présence humaine dans l'espace, celle-ci s’est donné les moyens de partir, une fois de plus, à la découverte d'un nouveau monde, dut-elle se cantonner à l’explorer au travers d'un cocon artificiel et de protections contre le vide spatial.


(1) Programme visant un retour sur la Lune.
(2) PASCO Xavier & SOURBÈS-VERGER Isabelle, « Il faut donner du sens au vol habité », Sciences et Avenir, Hors-Série n°166, Avril-Mai 2011.