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L’Afrique du Sud : terre de crise





Au printemps 2013, un risque de grève et de crise sociale plane au-dessus des activités minières du nord de l’Afrique du Sud, notamment dans les mines de platine des groupes Amplats et Lonmin. La situation est révélatrice d’un régime politique en perte de vitesse.


Capetown - Crédit photo : Georgio
Capetown - Crédit photo : Georgio

Une contestation au goût amer

Le 14 mai 2013, les mineurs sud-africains du groupe britannique Lonmin ont interrompu la production de platine dans la mine de Marikana. Situé à 100 kilomètres de Johannesburg, près de Rustenburg, le site avait connu en août dernier un précédent de grève dont le dénouement fut tragique : une cinquantaine de morts, dont 34 mineurs tués par la police. Une augmentation des salaires de 22 % (pour un salaire de base à 400 €) et une prime de 190 € avaient été consenties afin de calmer les esprits et de débloquer la situation. Un climat lourd pèse depuis sur les mines d’Afrique du Sud. Le débrayage du 14 mai venait protester à la fois contre l’annonce du licenciement de 6 000 employés au sein du groupe Amplats situé dans la même région d’exploitation, et pour l’assassinat de Mawethu Steven, un responsable régional d'Amcu – un des syndicats représentant les mineurs avec le NUM. Mawethu Steven devait témoigner au sujet des événements sanglants d’août dernier devant une commission d’enquête à Rustenburg.
 
Historiquement le NUM qui est davantage implanté dans la représentation salariale que l’Amcu. Mais une guerre politique sévit entre les deux syndicats, l’un (Amcu) accusant l’autre (NUM) de rester trop conciliant avec le patronat ainsi que trop proche du pouvoir en place. Aujourd’hui, Amcu représente 70 % des mineurs de la mine de Lonmin, contre 20 % pour le NUM. Il existe ainsi une double tension : entre le patronat et les syndicats, et entre syndicats. Cette dualité est représentative de la crise politique qui sévit en Afrique du Sud.

Un contexte politique en reconfiguration

Les événements du 14 mai 2013 dans les mines du Nord-est de l’Afrique du Sud tendent à rappeler que le climat social reste difficile dans le pas. La tension présente dans la région ainsi que la pauvreté des employés ne peuvent que souligner cela. Ces tensions sociales dénotent d’une crise latente plus profonde, dont l’Afrique du Sud ne parvient pas à s’écarter depuis le début des années 2000. La contestation du gouvernement et des autorités resurgit régulièrement sur la scène nationale et locale. Parallèlement, le président Jacob Zuma du parti de l’ANC doit gérer, « en interne, […] des défections. Un nouveau parti, appelé South Africa First, a [par ailleurs] été créé par des vétérans d’Umkhonto weSizwe (MK), l’ancienne branche armée de l’ANC. ».
 
Le leitmotiv est récurent : le parti d’origine (ANC) aurait « perdu les valeurs de la lutte contre l’apartheid » et les cadres de l’organisation politique délaissent les questions sociales comme la pauvreté et le chômage « dont les niveaux sont toujours alarmants dix-neuf ans après leur arrivée au pouvoir. »(1). En outre, et en plus des forts soupçons de corruption qui pèsent sur la personne de Jacob Zuma, sa présidence se voit affaiblie par les défiances au sein de son camp, notamment par celle de Monseigneur Desmond Tutu, grande figure de la lutte contre le régime de l’apartheid, et ancien archevêque du Cap. Il a déclaré au Mail and Guardian qu’il ne voterait plus pour l’ANC : « Nous avons vraiment besoin d’un changement. L’ANC était très bon dans le combat contre l’oppression et pour la liberté. […] Mais il ne me semble pas qu’un mouvement ayant combattu pour la liberté ne puisse faire facilement la transition pour devenir un parti politique »(2).
 
L’Afrique du Sud possède un fort potentiel de croissance, notamment dans la nouvelle relation économique Sud-Sud qui s’est établie au niveau international dans les échanges entre pays. En parallèle de cette perspective de développement positive, le pays connaît une crise interne qui a débuté dès la fin de l’apartheid, et qui est conséquente au changement de régime et à la refonte de son mouvement d’opposition l’ANC, en partie politique. Malgré la symbolique historique du parti, l’organisation originellement destinée à la contestation et à la revendication semble n’avoir toujours pas complété sa nécessaire transformation en partie de gouvernement. La phase de transition de l’apartheid n’est ainsi pas tout à fait terminée, et l’avenir politique de l’Afrique du Sud dépend encore étroitement de l’ANC.


(1) Sabine Cessou « L'Afrique du Sud, une jeune démocratie en crise », Études 3/2013 (Tome 418), p. 307-316.
(2) http://mg.co.za/article/2013-05-17-00-where-did-our-future-go-asks-tutu