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L’algorithme passé maître





L’économiste Guillaume Allègre explique à « Libération », comment un nouveau type d’exploitation est en train de naître aujourd’hui : celle de l’homme par l’algorithme.


Guillaume Allègre
Guillaume Allègre
L’exploitation de l’homme par l’homme est dépassée. Au XXIème siècle, on assiste davantage à l’exploitation de l’homme par l’algorithme. C’est en tout cas, la thèse défendue par Guillaume Allègre, dans un blog hébergé par le quotidien Libération. On va la faire courte, en économie, on parle de deux types d’exploitation. L’exploitation capitaliste d’une part, théorie marxiste et galvaudée, soit l’exploitation « des travailleurs par les détenteurs de capitaux », écrit Guillaume Allègre, économiste au Département des études de l’OFCE, organisme indépendant de prévision, de recherche en analyse économique. D’autre part, il existe l’exploitation bureaucratique tendant à « surclasser » la classe ouvrière.
 
Aujourd’hui, en revanche, une nouvelle forme d’exploitation est en train d’émerger. Les responsables seraient des sites, des applications et des plateformes de type Uber, UberPop, Blablacar, Airbnb, ou Booking.com. En effet, ces derniers sont en train de chahuter et de modifier certains marchés, ceux du transport urbain et de l’hôtellerie, et plus largement, celui du tourisme. Au-delà, et sous cette impulsion, ce sont les règles sociales qui sont en train de bouger. C’est ce qu’explique Guillaume Allègre dans sa tribune : « on peut ajouter aujourd’hui l’exploitation algorithmique des plateformes comme UberPop, Airbnb, Booking ou BlaBlaCar (…) Ces plateformes s’inscrivent dans l’économie de réseau qui se caractérise par la présence de monopoles naturels : il n’y a qu’un UberPop comme il n’y a qu’un Airbnb, qu’un Booking et qu’un Blablacar sur le marché français. »
 
En effet, il n’existe quasiment pas de concurrence pour ces marchés, « car chaque utilisateur a intérêt d’utiliser l’application la plus populaire, celle qui a le plus de fournisseurs : le plus de voitures (UberPop), d’appartements (Airbnb), d’hôtels (Booking), de covoiturages (BlablaCar). » Monopole donc. Et « monopsone » également. Autrement dit, explique l’économiste de l’OFCE : « un monopsone est un marché sur lequel un seul demandeur se trouve face à un grand nombre d’offreurs ou de fournisseurs. » Résultat, les plateformes peuvent jouer sur la concurrence entre chauffeurs parmi une importante réserve. « Or, par construction, Uber a beaucoup d’informations sur les chauffeurs qu’elle «emploie» : la société sait exactement quelles courses ses chauffeurs acceptent et quelles courses ils ou elles n’acceptent pas. Uber sait à quel prix minimum le chauffeur va accepter la course. »
 
De la même façon, ces plateformes sont incontournables. Notamment, « elles forment des nœuds par lesquels tout le monde doit passer, offreurs comme demandeurs », explique Guillaume Allègre. Pour en revenir au concept d’exploitation, ces plateformes détiennent de nombreuses informations concernant les « offreurs ». On peut penser qu’elles possèdent également des données concernant les utilisateurs. De là à imaginer que ces sociétés pourraient exploiter les usagers avec toutes ces informations disponibles, informations croisées et passées à la moulinette des algorithmes, il n’y a qu’un pas. Exemple : « si vous êtes client d’UberPop, la firme sait jusqu’à combien vous êtes prêts à payer pour une course à 3 heures du matin un samedi. A terme, elle pourrait vous facturer ce tarif et non le tarif concurrentiel (et verser le minimum au chauffeur) », explique Guillaume Allègre. C’est donc ainsi, qu’au XXIème siècle, est en train d’émerger l’exploitation de l’homme par les algorithmes. Réjouissant ? Non.