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La bien fondée journée sans téléphone mobile





Le 6 février dernier, avait lieu la journée mondiale sans téléphone mobile. Au delà de l’anecdote, décrocher se révèle fondamental.


La bien fondée journée sans téléphone mobile
Il y a des journées mondiales pour tout. Et comme de bien entendu, une journée mondiale sans téléphone mobile. Elle a été initiée en 2001 et avait lieu le 6 février dernier. La question n’est même pas de savoir si on a besoin d’une telle initiative pour décrocher, mais plutôt, pourquoi on ne décroche pas ? Pourtant, cette année, la journée soi-disant sans téléphonie mobile tombait un samedi. On pourrait imaginer qu’en plein week-end, ce soit plus facile de lever le pied : Junior est avec vous et pas à l’école, vous êtes à la maison et pas au bureau etc. Autant de raisons qui pourraient peser sur le plateau du pour, oui je déconnecte. Pourtant, dans les faits, mettre son smartphone sur off, reste pour beaucoup un geste insurmontable.
 
Pour le spécialiste en comportements numériques, Thierry Le Fur, interrogé par Le Monde, il convient de « trouver les conditions d’un usage adapté. » Plutôt qu’adaptée ou modérée, l’utilisation que la plupart des gens ont de leur mobile reste excessive, pour ne pas dire névrotique. L’instigateur de la journée sans téléphone mobile, l’écrivain français Phil Marso, parle même de « mobilou ». Ainsi, le mobile serait aussi indispensable à l’adulte (ou à l’adolescent) que le doudou à un enfant. Le Monde quant à lui, parle de « doudou connecté », ce qui  revient au même. Ainsi, 60% des Français s’emparent de leur smartphone dans l’heure qui suit leur réveil. Pour se rassurer, on peut se dire qu’en Grande-Bretagne, c’est plutôt dans le quart d’heure.
 
De là, à parler d’hyperconnexion écranique, de technodépendance ou d’addiction numérique, il n’y a qu’un pas. Thierry le Fur, expert en comportements, notamment addictifs, explique au Monde ce qu’est l’addiction numérique : « être accroché à son smartphone comme le fumeur à son paquet de cigarettes, stressé à l’idée d’être hors zone, s’isoler derrière son écran à n’en plus déjeuner avec ses collègues ou jouer en oubliant l’ami présent sont des signes qui ne trompent pas. » À rapprocher de la conduite addictive qui elle, est une « envie répétée et irrépressible, en dépit de la motivation et des efforts du sujet pour s’y soustraire. » Pour autant, il est important de faire la différence entre technodépendance et comportement addictif.
 
Pour Thierry le Fur, « la première relève plus d’un processus d’usage chronique et le second d’une souffrance ou pathologie. » Ainsi, la technodépendance correspond « à une astreinte numérique acceptée ou imposée. » Certain signes ne trompent pas : « lire ses textos au volant ou relever ses messages en faisant l’amour. » Fou non ? 10% des couples le ferait... Un comportement addictif quant à lui, « est davantage lié à une seule pratique numérique obnubilante. » Dans ce registre de dépendance ou d’addiction numériques, on peut aussi citer la « nomophobie », la « peur excessive d’être séparé de son smartphone » ; le phénomène du FOMO, Fear Of Missing Out, ou l'angoisse de manquer une information…

Si on ne pose pas de limites, cela devient justement vite sans limites : « le numérique supprime les limites d’horaires, affecte la qualité de vie au travail et accentue le surengagement. » Pour éviter la quadrature du cercle, limitation de la vie sociale, « le manque de sommeil, le statisme (ne plus bouger de son écran) et l’hyperexcitation mentale », on envisagera peut-être autrement la journée mondiale sans téléphone portable. Au-delà de cinq heures passées devant son écran, l’addiction n’est plus à démontrer. On est clairement dans le rouge.