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Le Chant du bourreau





« Un long silence », de Mikal Gilmore, récit autobiographique magistral, revient sur l’histoire de violence et de désastre de sa famille, au centre de laquelle figure son frère Gary Gilmore, meurtier légendaire.


Le Chant du bourreau
Il y a des histoires qui hantent. Un long silence de Mikal Gilmore est de celle-là. Bizarrement, alors que le livre est sorti en 2011 en France, chez Sonatine, un long papier lui a été consacré dans le Journal du dimanche, il y a une quinzaine de jours. Pas même à l’occasion de sa parution en poche, l’édition paperback étant sortie en 2012. À la fois, si le livre est passé inaperçu pour certains, c’est une chance. Une chance de découvrir ce récit magistral et autobiographique, élu, lors de sa parution aux États-Unis, meilleur document de l’année par Le New York Times.
 
Désolation et désastre, pourraient être les maîtres mots de ce « livre dévastateur », selon Le New York Times. Mais aussi, malédiction et destruction. Où comment une fratrie américaine dans les années 50 et 60 a été bousillée par le père de famille, Franck Gilmore. Au-delà, sacrifiée sur un autel multiple fait de croyances, de superstitions et de fantômes, liés à la culture mormon, du côté de la mère, Bessie Brown. Un long silence est aussi une histoire de famille et une histoire d’une violence inouïe, racontée par le frère cadet, Mikal Gilmore, rédacteur en chez du magazine Rolling Stone.
 
Des années de vagabondage et de violence ont conduit le second frère, Gary Gilmore, à commettre en 1976, deux meurtres de sang-froid. Son histoire, avait été racontée en 1979 par Norman Mailer dans le chef d’œuvre, Le Chant du bourreau. Cassé par son père, puis brisé par la prison, à tel point qu’aucun retour en arrière n’était possible, Gary Gilmore a été condamné à mort. Au moment précis, où la Cour Suprême dix ans après la dernière exécution, venait d’autoriser à nouveau la peine capitale. En réclamant lui-même sa mise à mort, plutôt qu’une peine de prison à perpétuité, Gary Gilmore enflamma le débat dans tout le pays. « Il avait conçu ce qui, selon lui, serait une sorte d’expiation. Il voulait la mort, son ultime scénario de rédemption, son ultime pied de nez à la justice », écrit Mikal Gilmore.
 
Gary devient ainsi l’un des condamnés à mort les plus célèbres des États-Unis. Après avoir passé une partie de sa vie derrière les barreaux pour vols à main armée, il sera finalement exécuté le 17 janvier 1977 après avoir été condamné pour meurtre. Le frère cadet de Gary, Mikal Gilmore, essaye pendant des années de mettre cette histoire tragique de côté. En vain. Avant qu’elle ne dévaste complètement son existence, comme elle a dévasté les siens, il s’est décidé à la mettre par écrit, pour essayer de mieux comprendre son héritage, dénouer les liens du sang et échapper à la malédiction familiale. Poussé par l’urgence et un instinct de survie impérieux, il s’est lancé dans une véritable enquête, à la fois affective, douloureuse, sans concessions, sur sa propre famille, sur son enfance, sur ses origines, entreprenant un sombre voyage, au terme duquel il a découvert un terrible secret.
 
Avec une force d’émotion rare, il livre un document passionnant, à la fois cru, intime et puissant, sur les traumatismes et la résilience, qui n’est pas sans évoquer De sang-froid de Truman Capote dans sa description de l’enfer américain. Un document humain, qui ne laissera aucun lecteur indifférent. « Une sorte de cocktail fort qui tient à la fois des frères Karamazov et des ballades déchirantes de Johnny Cash. C’est à la fois effrayant, poignant… Magnifique », selon Le New York Times. Une histoire qui hante. Et quarante ans après celui de Norman Mailer, un chef d'oeuvre aussi fort que Le Chant du bourreau.
 
Un long silence, Mikal Gilmore (Sonatine & Points). Traduit de l’Anglais (États-Unis) par Fabrice Pointeau.