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« Le Grand marin », la dernière frontière





Dans cette très bonne rentrée littéraire de Janvier, plusieurs romans français se détachent, notamment, celui de Catherine Poulain, « Le Grand Marin », sorte d’OVNI magistral et puissant.


« Le Grand marin », la dernière frontière
En France, il est rare de lire des romans qui vont voir du côté de Jim Harrison ou de Jack London, à plus forte raison quand ils sont écrits par une femme. Pourtant, avec Le Grand Marin, premier roman de Catherine Poulain, à paraître en février prochain à L’Olivier, c’est un peu de cette trempe dont il s’agit. On plonge dans un univers masculin hostile, et sans concession. La nature, aussi dangereuse que grandiose, ne pardonne rien.
 
Alors qu’elle a une vingtaine d’années, Lili, héroïne bien née du Bordelais viticole, mais punk dans l’âme, décide de tailler la route. Et pas n’importe laquelle. La runaway a un rêve : s’embarquer sur un chalutier et « faire » des saisons de pêche dans les mers les plus difficiles du monde, en Alaska et dans la mer de Béring. C’est comme cela qu’elle se retrouve à Kodiak, un port de l'Alaska.

Taillée comme un bâton de sucette, mais son gabarit n’a rien à voir avec sa volonté, Lili réussira à embarquer sur le Rebel. Pendant dix ans, elle pêchera de la morue noire, des flétans, des crabes. Et qu’importe si elle est entourée de demis de mêlée bourrus, et qu’elle dort à même le pont, son rêve, elle le vit puissance mille.
 
Dans le froid, l’humidité, la fatigue, la mer déchaînée, les blessures et le sel qui ronge la peau, 24 heures sur 24, elle gagnera le respect des marins. Seule femme au milieu de ces hommes rudes, au verbe rare et au geste précis, ils finiront par l'adopter. À terre, Lili partage leur vie, celle des bars, des clubs de strip-tease, des motels sordides.
 
Quand elle tombe amoureuse de Jude, le « Grand marin », elle choisira la liberté. Sauvage et intense, Lili n’aura de cesse de repousser ses limites, jusqu’à The last frontier, l’ultime bout de terre à l’extrémité de l’Alaska. Elle préfère pêcher à s’en faire exploser les mains, plutôt que de se poser dans une maison et construire une famille. « Pêcher c’est ce qui me sauve la vie. La seule chose qui soit assez puissante pour me sortir de tout ça », dit-elle. Elle ne peut pas vivre à « l’intérieur. »
 
Catherine Poulain a réussi un tour de force. À la lecture de ce récit sauvage, on comprend qu’elle est une fan de Joseph Conrad. Surtout, elle fait entendre une voix unique dans le paysage littéraire français, avec ce magnifique premier roman qu'on devine très autobiographique. Pendant dix ans, elle a pêché et n’a eu envie que de pêcher. Aujourd’hui, Catherine Poulain, qui a toujours du mal à vivre à « l’intérieur », dort dans une yourte quelque part dans la montagne française, entourée de ses 600 brebis.
 
Le Grand Marin, Catherine Poulain, (L’Olivier).