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Sans GPS, je suis perdu





Avec la multiplication des GPS, si les usagers savent mieux où ils vont, la notion de repérage dans l’espace s’est amoindrie.


Sans GPS, je suis perdu
C’est le revers de la médaille. Avec le GPS, (Global Positioning System), la géolocalisation et les techniques de localisation ont explosé. En revanche, dans le même temps, les aptitudes des utilisateurs à se repérer dans l'espace ont baissé.

Les services de localisation, de navigation spatiale, via une multitude d’applications, accessibles notamment sur les téléphones portables, ont considérablement augmenté depuis trois ans. Depuis l’année dernière, le bond en avant est énorme : par exemple, au États-Unis, trois quart des possesseurs de smartphones, soit 61% de la population, s’en servent pour savoir où ils vont. De la même façon, un américain sur cinq utilise régulièrement Google Maps et un sur huit, l’équivalent mis sur le marché par Apple : l’Apple Maps. Tout cela, sans compter les voitures équipées de GPS.

Ce qui est plus étonnant, et remarquable, c’est que ces cartes numériques modifient petit à petit les compétences de repérage spatial que nous avions initialement acquises. Le recours quasi systématique au GPS a un effet pervers. Celui de changer notre disposition à nous orienter et à nous diriger dans l’espace. Pour Henry Grabar, à qui l’on doit le site CityLab, chaque individu possède des « cartes cognitives ». Ces dernières sont des dispositifs élaborés capables de relier des repères entre eux. Ainsi, « Lorsque les gens doivent planifier un itinéraire, ils construisent une représentation mentale selon une séquence de points de repère », explique Stephan Winter, un professeur de géomatique australien. En revanche, Le GPS est totalement exempt de ce système. À force de généraliser son usage, nous perdons cette aptitude de repérage dans l'espace qui nous était propre.

Aujourd’hui, avec l’emploi du GPS, trouver son chemin est devenu un jeu d’enfant. En revanche, en se fiant à 100 % à la machine et à la technologie, on imprime moins les endroits par lesquels on passe. Résultat, se souvenir ou rétablir un trajet devient de plus en plus compliqué. À tel point que les usagers réguliers de GPS voient leurs facilités de mémorisation baisser de 20%, selon les recherches de Toru Ishikawa, un géographe et cogniticien comportemental qui travaille à l'Université de Tokyo au Japon. En revanche, l'aptitude de mémorisation des personnes qui n’en utilisent pas reste inchangée.
 
Ce qui pourrait paraître anecdotique, a en revanche des conséquences plus handicapantes. En effet, la pensée et la représentation dans l’espace permettent de nous organiser, d’enregistrer des informations et de nous en souvenir. L'activité de l’hippocampe, une zone du cerveau sollicitée pour se repérer, naviguer et mémoriser les directions s’érode. Nos capacités à nous situer dans l’espace s’amenuisent. Paradoxalement, on assiste à la multiplication des cartes numériques et des systèmes de visualisation. Le problème : en y ayant recours, on ne fait plus l’effort pour intégrer l’endroit indiqué par le système de localisation. On s'y rend sans réfléchir.
 
C'est tout le paradoxe. La technologie numérique devrait booster notre capacité à nous repérer géographiquement. Ce qui n’est pas le cas. De nombreux chercheurs constatent aujourd’hui que les systèmes de cartographie digitale et connectée réduisent nos capacités de perception, de cognition, de résolution des problèmes. Pourtant ils nous aident à mieux appréhender les dispositifs urbains, à les rendre plus faciles à utiliser, et au final, à s’en faire une représentation mentale plus précise.

Ce qui est sûr, c’est que les nouvelles technologies peuvent parfois limiter l’investissement de l’esprit et du corps. C'est ce qui arrive avec l'utilisation systématique du GPS. Comme le dit Jean-Luc Velay, membre du laboratoire de neurosciences cognitives de Marseille : « en général, les nouvelles technologies minimisent l'investissement corporel. Faciliter la vie des individus consiste souvent à réduire l'énergie physique dépensée ». En somme, la contrepartie du progrès à payer.