L’eau potable est inaccessible à une personne sur quatre dans le monde

Un quart de l’humanité n’a toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité. Au-delà de l’indignation, le message de l’ONU est clair : sans accélération massive des investissements et une priorisation des zones les plus vulnérables, l’objectif 2030 restera hors d’atteinte, avec des conséquences sanitaires, économiques et sociales bien réelles.

Publié le
Lecture : 3 min
1 Personne Sur 4 Na Pas Acces A eau Potable Dans Le Monde
L’eau potable est inaccessible à une personne sur quatre dans le monde © www.nlto.fr

Un nouveau rapport conjoint OMS/Unicef, lancé pendant la Semaine mondiale de l’eau 2025, dresse un état des lieux précis : 2,1 milliards de personnes (1 sur 4) restent privées d’eau potable en sécurité ; 106 millions boivent encore directement des eaux de surface ; 3,4 milliards n’ont pas d’assainissement géré en sécurité et 1,7 milliard ne disposent pas d’hygiène de base à domicile. « L’eau, l’assainissement et l’hygiène ne sont pas des privilèges, ce sont des droits humains fondamentaux », insiste l’OMS. L’Unicef ajoute : « Au rythme actuel, la promesse d’une eau et d’un assainissement pour chaque enfant s’éloigne. »

Accès à l’eau potable, où en est-on ?

Il y a des progrès, mais trop lents. Depuis 2015, la couverture mondiale en eau potable « gérée en toute sécurité » est passée de 68 % à 74 %, soit 961 millions de personnes supplémentaires. Cette dynamique bénéficie surtout aux zones rurales (de 50 % à 60 %), quand les villes stagnent autour de 83 %. En parallèle, l’assainissement « géré en sécurité » progresse de 48 % à 58 % (+1,2 milliard** de personnes), et l’hygiène de base de 66 % à 80 % (+1,6 milliard), sans pour autant combler les écarts.

L’ONU identifie des lignes de fracture nettes : pays à faible revenu et contextes fragiles, milieux ruraux, enfants, groupes ethniques et autochtones. Dans les contextes fragiles, la couverture en eau potable gérée en sécurité est 38 points plus basse qu’ailleurs. Et, dans la plupart des pays, les femmes et les filles demeurent les premières responsables de la collecte ; en Afrique subsaharienne et en Asie centrale et du Sud, beaucoup y consacrent plus de 30 minutes par jour.

Même lorsque l’eau coule au robinet en Europe ou en Amérique du Nord, la vulnérabilité des pays émergents rejaillit sur les économies ouvertes : disruptions d’approvisionnement (agro-alimentaire, textile, électronique), risques pays accrus, coûts d’assurance et d’adaptation, image de marque et obligations ESG plus strictes pour les entreprises exposées à des chaînes de valeur en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Or, les données officielles montrent que la population sans services sûrs diminue trop lentement dans les pays à bas revenus et augmente dans certaines zones urbaines en forte croissance : un signal de risque opérationnel et réputationnel pour les acteurs internationaux.

Santé publique : l’arrière-plan épidémiologique

L’absence d’eau potable en sécurité entretient un socle de maladies entériques (diarrhées aiguës, choléra, typhoïde, hépatites entériques) et de parasitoses (schistosomiases), avec une mortalité évitable chez les jeunes enfants et des pertes de productivité chez les adultes. Les agences onusiennes rappellent que les services WASH insuffisants « mettent des milliards de personnes à risque de maladie ». Autrement dit, sécuriser la qualité de l’eau au point d’usage (traitement, disponibilité, protection des sources) est un levier primaire de prévention et un amortisseur macro-économique dans les pays partenaires des entreprises exportatrices.

Les points chauds se concentrent en Afrique subsaharienne et en Asie centrale et du Sud : sur-représentation des ménages sans eau potable en sécurité, distances de collecte plus longues, infrastructures fragiles face aux chocs climatiques (sécheresses, crues) et pression démographique en zones périurbaines. Les médias internationaux ont relayé l’alerte, soulignant que « plus de 2 milliards » de personnes restent privées d’eau sûre, avec des retards particulièrement marqués dans ces régions.

Cap à 2030 : l’équation de l’exécution

D’après le rapport OMS/Unicef, atteindre l’accès universel aux services de base d’ici 2030 exigera de multiplier le rythme par huit, tandis que l’universalisation des services « gérés en toute sécurité » devient de plus en plus hors de portée sans changement d’échelle. Sans re-priorisation vers les contextes fragiles et les réseaux ruraux/périurbains, les indicateurs plafonneront.

Trois chantiers se détachent. D’abord, sécuriser la qualité de l’eau potable au point d’usage : chloration sûre, contrôle microbiologique, maintenance et gouvernance locale des services. Ensuite, boucler le triptyque eau-assainissement-hygiène : sans évacuation et traitement des excreta, la contamination réapparaît en aval. Enfin, adopter une allocation différenciée des financements, orientée vers les contextes les plus en retard (fragiles, ruraux, quartiers informels), avec transparence tarifaire pour ne pas exclure les ménages pauvres. Ces priorités ne relèvent pas de la philanthropie : elles réduisent le risque sanitaire, stabilisent les marchés et sécurisent les chaînes d’approvisionnement. Les grandes rédactions internationales et les agences de presse ont d’ailleurs multiplié les reprises, confirmant l’alerte onusienne et la nécessité d’une réponse coordonnée.

Laisser un commentaire