2025 sera-t-elle l’année du Private Equity accessible ?

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2025 sera-t-elle l’année du Private Equity accessible ? © www.nlto.fr

 Le private equity devient-il enfin accessible aux particuliers en 2025 ? Opportunités, conditions d’accès, risques : décryptage d’un virage attendu.

Auteure : Nathaëlle Dorval

Et si 2025 devenait l’année où le private equity, ce placement autrefois réservé aux grandes fortunes, s’ouvrait enfin aux particuliers ?Accessibilité, cadre réglementaire, tensions de marché : on fait le point sur ce tournant stratégique.

Le private equity (ou capital-investissement) désigne les investissements réalisés dans des entreprises qui ne sont pas cotées en Bourse. Autrement dit, ce sont des entreprises « classiques », souvent en croissance, dans lesquelles on peut investir avant qu’elles ne deviennent publiques. Ce marché était jusqu’à récemment réservé à des professionnels ou à des investisseurs très fortunés.

2025 : un tournant vers l’ouverture ?

Avec les nouvelles règles européennes (comme ELTIF 2.0), l’évolution de certains produits d’épargne (assurance vie, PER), et l’arrivée de plateformes d’investissement digital, 2025 pourrait marquer un vrai changement.

Des acteurs comme le cabinet de gestion de patrimoine Perlib contribuent à cette démocratisation en rendant ces investissements plus simples à comprendre et à souscrire, en témoigne Jean Dominique Lelong, l’un des co-fondateurs, lors de son intervention sur le plateau de BMFTV en octobre dernier.

Le chemin reste long, mais le mouvement est enclenché.

En France, le secteur montre des signes de vitalité : en 2024, 38,9 milliards d’euros ont été levés (+9 % par rapport à 2023) selon France Invest et Grant Thornton. Les investissements ont suivi, atteignant 36,9 milliards d’euros (+13 %), avec une forte dynamique dans l’industrie, la santé et les énergies renouvelables.

Une reprise fragile dans un modèle sous tension

Le private equity revient d’une période calme. Depuis 2022, les hausses de taux d’intérêt ont ralenti les transactions. En 2025, la situation s’améliore : les valorisations sont plus stables, et beaucoup d’entreprises sont prêtes à être revendues. Cela relance les opportunités pour les investisseurs.

Mais cette reprise est fragile. Le dernier rapport de Bain & Company souligne que le ratio des montants distribués par rapport à la valeur totale des portefeuilles a chuté à 11 % en 2024, un plus bas depuis dix ans. Moins de sorties (« exits »), moins de distributions aux investisseurs, et donc moins de liquidités pour financer de nouveaux fonds : le cœur du modèle est grippé.

Les grands investisseurs institutionnels, qui comptent sur ces distributions pour renouveler leurs engagements, commencent à se montrer plus sélectifs. Certains fonds tentent de prolonger artificiellement la durée de vie de leurs actifs via des « fonds de continuation », parfois au prix de conflits d’intérêts. D’autres espèrent une reprise du marché des IPO, resté gelé sous l’effet des incertitudes politiques et économiques.

Des rendements attractifs, mais des contraintes à connaître

Pourquoi le private equity attire-t-il ? Parce qu’il peut offrir des rendements élevés, parfois supérieurs à 10 % par an. Mais ces gains potentiels viennent avec des contraintes : l’argent est bloqué pendant plusieurs années, il y a peu de possibilités de revente rapide, et le risque de perte existe.

Investir dans le non coté demande donc d’être bien informé, accompagné, et prêt à immobiliser son capital sur le long terme. Ce n’est pas un placement pour faire des allers-retours rapides, mais plutôt pour bâtir une stratégie patrimoniale solide.

L’AMF a d’ailleurs renforcé en 2024 sa doctrine sur la fin de vie des fonds de capital-investissement. Elle impose désormais plus de transparence sur les prorogations, des informations plus claires aux porteurs, et une obligation de distribution annuelle pendant la liquidation.

Une accessibilité réelle… mais encore limitée

En 2025, investir dans le private equity devient plus simple techniquement. Mais la compréhension des produits reste difficile pour la plupart des épargnants. Entre le jargon, les conditions fiscales, et le manque d’informations claires, beaucoup hésitent à franchir le pas.

C’est pourquoi la pédagogie est essentielle. Les conseillers, les plateformes, les outils doivent jouer un rôle clé pour expliquer simplement ce qu’est le private equity, à qui cela s’adresse, et comment l’intégrer à une épargne diversifiée.

En parallèle, des voix s’élèvent contre une ouverture précipitée du secteur aux petits investisseurs. Aux États-Unis, par exemple, le débat fait rage autour de l’intégration du private equity dans les plans d’épargne retraite 401 (k), certains y voyant un moyen de recycler des actifs invendables vers des épargnants moins expérimentés.

Une promesse sous condition

Alors, 2025 est-elle l’année du private equity accessible ? Oui, dans une certaine mesure. Le cadre évolue, les opportunités reviennent, et les particuliers peuvent enfin commencer à explorer cette classe d’actifs. Mais cette ouverture arrive à un moment où le modèle même du private equity est questionné.

Effet de levier sous pression, valorisations fragilisées, rythme des cessions en baisse, allongement des durées de blocage : le secteur vit une transition délicate. Ce n’est pas une tempête parfaite, mais une accumulation de vents contraires.

Le private equity peut encore séduire, à condition d’en maîtriser les risques, d’adopter une approche long terme, et de ne pas se laisser griser par les performances passées. L’accessibilité progresse. Mais l’exigence, elle, reste entière.

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