Le 10 juin 2025, la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (FNAM) et l’Union des aéroports français (UAF) ont publié les résultats d’une grande enquête nationale sur les usages de l’avion en France. Réalisée avec l’IFOP, la DGAC et le cabinet SIA Partners, cette radiographie très fine dévoile qui prend réellement l’avion, pour quelles raisons et avec quels arbitrages.
Qui prend l’avion en 2025 ? Un Français sur deux, ou presque
L’usage de l’avion n’a jamais été aussi répandu. 65 % des Français déclarent y avoir recours, dont 33 % au moins une fois par an. Loin d’un luxe réservé à une élite, le vol s’est généralisé à toutes les couches de la population.
Les profils se sont nettement diversifiés :
- Les moins de 35 ans représentent 46 % des passagers. Ils étaient 37 % en 2016.
- Les employés forment 43 % des actifs en avion, soit la première catégorie socioprofessionnelle représentée.
- Près de 60 % des habitants ruraux (communes de moins de 2 000 habitants) prennent l’avion.
- Dans les DROM-COM, le chiffre atteint 95 %. Là-bas, l’avion n’est pas un choix : c’est un besoin vital.
On assiste donc à une démocratisation sociologique, portée par des usages pratiques, économiques, relationnels.
Pourquoi vole-t-on ? La fin du tourisme roi
Si le loisir n’a pas disparu (48 % des passagers partent en vacances), la raison dominante a changé. Les voyages familiaux et amicaux (VFR, Visiting Friends and Relatives) ont explosé : +46 % depuis 2016.
En 2025, ce motif représente 27 % des déplacements. La distance géographique devient une question affective, et l’avion, une passerelle émotionnelle. Et ce besoin touche toutes les générations, mais surtout les jeunes actifs et les étudiants mobiles, souvent éloignés de leurs attaches. « L’avion est un outil de lien social et d’équilibre territorial », rappelle le président de l’UAF, Thomas Juin.
Comment vole-t-on ? À petit prix, avec calcul et culpabilité
Le prix reste le critère numéro un. 83 % des Français estiment qu’un billet d’avion est un effort financier, et 80 % disent mettre en place des stratégies : anticipation, promotions, renoncements. 59 % citent le coût comme premier frein à l’usage.
Cette gestion rigoureuse du voyage touche toutes les catégories, et transforme le passager en consommateur vigilant. Il ne vole pas par insouciance, mais par arbitrage.
En parallèle, la sensibilité écologique augmente : 79 % affirment vouloir réserver leurs trajets aériens aux longues distances, 75 % envisagent des compagnies plus vertueuses, 63 % sont prêts à renoncer à certains voyages de loisir. Mais seuls 32 % ont effectivement modifié leur comportement. Le poids du porte-monnaie l’emporte souvent sur celui de la culpabilité.
Loin de rejeter l’aviation, 70 % des Français estiment que le secteur se décarbonera progressivement, et 61 % jugent que des efforts sont déjà visibles. Mais 81 % réclament que tout soutien public soit conditionné à des engagements environnementaux précis (flottes neuves, carburants durables, maintien des liaisons locales).








