Accidents, retards, arrêts maladie, baisse de rendement… Derrière les mots « alcool » et « drogue » se cache une facture lourde, étalée en silence sur les bilans annuels.
Alcool et drogue au travail : un enjeu économique massif, encore largement sous-estimé
Le monde du travail est aujourd’hui confronté à un phénomène sous-évalué : l’augmentation des consommations de substances psychoactives sur les lieux professionnels. D’après l’étude « Révéler ce qui ne se voit pas », publiée par Ithylo (marque d’Aperli) le jeudi 12 juin 2025, la proportion de salariés testés positifs à l’alcool ou aux drogues est passée de 2,55 % en 2017 à 5,29 % en 2025, soit une hausse de 107 % en huit ans.
Derrière ce chiffre, un constat clair : chaque pourcentage de salarié affecté par une consommation altérant ses capacités impacte directement la productivité, la fiabilité et la sécurité. Le coût total est encore difficile à quantifier, mais il s’étale sur plusieurs postes : arrêts de travail, soins médicaux, turn-over, mais aussi baisse de performance en continu.
L’absentéisme lié aux addictions est rarement traité comme tel dans les rapports internes. Pourtant, les effets sont mesurables : troubles de l’attention, ralentissement cognitif, désorganisation, conflits internes. S’ajoute le coût des accidents du travail, dont une part significative est liée à des états de consommation non détectés.
Les intérimaires, qui concentrent à eux seuls 31 % des cas positifs à la cocaïne, alors qu’ils ne représentent que 15 % des dépistés, sont souvent affectés à des postes à forte pénibilité ou impliquant l’usage de machines. Les défaillances engendrées se traduisent parfois par des jours d’arrêt ou des frais de réparation élevés. Sur certains sites testés par Ithylo, jusqu’à 8 personnes sur 24 ont été positives à la cocaïne en une seule opération.
Addictions et rendement : la dégradation lente du capital humain
Les effets indirects sont aussi structurels : baisse de la concentration, erreurs récurrentes, fatigue chronique. Le lien avec la qualité de production est réel, bien que rarement objectivé. Sur des postes à responsabilité, même dissimulée, une consommation ponctuelle suffit à altérer la prise de décision, augmenter le stress collectif ou freiner l’innovation.
En parallèle, le burn-out est parfois renforcé par la consommation de substances en réponse à la pression. Or, une spirale s’installe : consommation → perte d’efficacité → isolement → surconsommation. Ce cycle est rarement intégré aux modèles RH de prévision de performance, malgré ses conséquences tangibles.
Si le constat est établi, les réponses manquent. La prévention des conduites addictives est trop souvent considérée comme une problématique sociale ou médicale, non économique. Résultat : peu d’entreprises l’intègrent à leur stratégie de gestion des risques ou de réduction des coûts cachés.









