Lancé comme ultime tentative d’apaisement après la réforme contestée de 2023, le conclave sur les retraites s’est achevé sans accord. Malgré une médiation intense, les divergences restent totales. Et si La France insoumise menace d’une motion de censure, ses marges de manœuvre sont juridiquement et politiquement nulles.
Une mécanique de compromis… sans issue commune
Initiée début février 2025, la séquence du conclave sur les retraites s’est voulue une pause structurante, destinée à reposer les termes d’un débat explosif. L’exécutif, affaibli depuis la réforme à 64 ans, a voulu miser sur un format inédit : sept organisations autour de la table (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Medef, CPME), un médiateur neutre – Jean-Jacques Marette, ancien directeur général du Travail – et un calendrier resserré, qui n’aura cessé d’être repoussé.
Objectif : bâtir un socle de mesures d’ajustement sur la base de diagnostics partagés concernant le sujet des retraites. Problème : ni le diagnostic, ni le traitement ne font consensus.
Six propositions clés pour un accord fantôme
À quelques jours du 23 juin, date de la dernière réunion du conclave sur les retraites prévue, aucun accord global n’a été signé. Pourtant, six propositions ont été mises sur la table par la médiation :
- Comptes pénibilité étendus : ajout de trois nouveaux critères à ceux déjà reconnus (manutention, postures, exposition aux vibrations). Refus net du patronat sur les financements induits.
- Abaissement symbolique de l’âge sans décote : passage de 67 à 66,5 ans, mais suppression corrélative du dispositif « carrières longues » au-delà de 60 ans. Blocage syndical immédiat.
- Mesures spécifiques pour les femmes : proposition d’indexer le calcul de pension de retraites sur 24 ou 23 meilleures années (contre 25 actuellement) pour les mères. Jugé marginal par les syndicats.
- CSG sur les pensions élevées : augmentation ciblée, dans un objectif de « justice contributive ». Refus catégorique des retraités actifs et des fédérations de cadres.
- Sous-indexation temporaire : pensions augmentées moins vite que l’inflation en 2026 (-0,8 point) et 2027 (-0,4 point). Tous les syndicats y voient une ligne rouge.
- Prime senior supprimée : mesure incitative au maintien en emploi pour les plus de 60 ans, abandonnée faute d’accord sur son coût et sa portée.
Chaque point a donné lieu à des contre-propositions, mais aucune ligne commune n’a émergé. Le Medef a parlé de « déconstruction de l’existant », la CFDT de « rendez-vous manqué », la CFE-CGC de « bricolage sans vision ». Le mot « accord » n’a plus été prononcé après le 12 juin.
Une impasse budgétaire : le poids du non-dit
Derrière les propositions, c’est le trou d’environ 13 milliards d’euros d’ici 2030 qui polarise les tensions. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) l’a confirmé en avril : le système restera déficitaire, sauf à agir sur l’âge, le niveau des pensions, ou les recettes. Mais l’exécutif a exclu toute hausse de cotisation.
Autrement dit, la marge de négociation est fictive : les syndicats refusent de revenir sur les droits, le patronat refuse de financer, et l’État ne veut ni l’un ni l’autre. Trois logiques irréconciliables autour d’une même table.
Une motion de censure sans majorité : LFI piégée
Face à ce blocage, La France insoumise a sorti la carte de la motion de censure, annoncée par Manuel Bompard sur RTL le 18 juin : « À partir du moment où ce conclave n’aboutit pas sur l’abrogation de la réforme, nous déposerons une motion de censure ». Mais cette menace est dépourvue d’effet. D’une part, LFI ne dispose pas des 58 députés requis pour initier seule une telle motion. D’autre part, plusieurs de ses députés ont déjà signé le maximum autorisé de trois motions par session, comme l’exige l’article 49 alinéa 2 de la Constitution.
Résultat : LFI dépend de ses partenaires à gauche, notamment le PS, avec lequel les relations sont exécrables. Manuel Bompard a lui-même reconnu que le Parti socialiste « n’a voté aucune de nos six précédentes motions » et exige désormais des excuses publiques après une polémique. Or, le PS, comme les écologistes et les centristes, ne souhaite pas faire tomber le gouvernement à ce stade. Trop risqué, trop instable, pas de majorité alternative. LFI se retrouve isolée, bruyante mais impuissante, dans une posture qui souligne les limites d’une opposition purement protestataire.











