Deux enseignes emblématiques du groupe Fast Retailing France viennent de solliciter leur placement sous protection judiciaire.
Fast Retailing enclenche un nouveau processus de restructuration pour tenter de sauver ses marques françaises. La procédure vise à préserver l’activité malgré des perspectives de reprise incertaines.
Princesse Tam Tam : demande de redressement judiciaire confirmée par Fast Retailing France
Le groupe Fast Retailing France, filiale du conglomérat japonais connu notamment pour sa marque Uniqlo, a déposé une demande de placement en redressement judiciaire pour ses deux enseignes françaises, Princesse Tam Tam et Comptoir des cotonniers, selon une source proche du dossier confirmée par l’AFP le 23 juin 2025.
Cette procédure a été engagée auprès du tribunal des activités économiques de Paris, en raison de « la poursuite de la détérioration financière dans un contexte de marché qui ne s’est pas amélioré », selon la même source relayée par l’AFP et Fashion Network. Les deux marques sont respectivement spécialisées dans la lingerie féminine et le prêt-à-porter pour femmes.
En juin 2023, Fast Retailing France avait déjà annoncé un plan de réduction d’activité portant sur la fermeture de 55 points de vente sur 136, et la suppression de 304 postes. Cette mesure visait à adapter la structure à un marché du prêt-à-porter en transformation.
Dans le détail, ce plan prévoyait :
- la fermeture de 28 boutiques sur les 67 exploitées par Comptoir des cotonniers, et la suppression de 101 postessur 272 CDI ;
- la fermeture de 27 magasins sur les 69 de Princesse Tam Tam, et la suppression de 84 postes sur 235 CDI ;
- une réduction de 119 postes au siège de Fast Retailing France, en lien avec la réorganisation du réseau de distribution.
À ce jour, le réseau restant compte environ 100 boutiques en France pour les deux marques, et environ 500 salariés, incluant les effectifs du siège, selon la même source.
Une pression structurelle sur le prêt-à-porter de milieu de gamme
La procédure engagée par Princesse Tam Tam et Comptoir des cotonniers reflète une tendance de fond dans l’habillement. Le secteur subit une forte concurrence de la seconde main, avec des plateformes comme Vinted, dont les ventes ont progressé de 32 % en 2023, selon l’application Joko, et de la fast fashion ultra-compétitive, notamment avec Shein, qui représentait en 2024 3 % des dépenses d’habillement en France, selon Médiamétrie.
Parallèlement, les effets durables de la crise sanitaire, conjugués à l’inflation, à la hausse des loyers et à celle des coûts de production, ont fragilisé les structures traditionnelles. Le groupe Fast Retailing déclarait déjà en 2023 que « la situation est aujourd’hui telle qu’elle ne permet plus à Fast Retailing France de continuer sans risquer de compromettre son avenir et celui de ses marques. D’autant qu’aucune perspective de réelle reprise n’est envisagée. »
Le placement en redressement judiciaire de Princesse Tam Tam s’ajoute à une série de procédures similaires concernant des enseignes du prêt-à-porter moyen de gamme. Ces trois dernières années, plusieurs marques ont été contraintes de réduire leur activité, solliciter une procédure collective ou cesser totalement leur activité : Camaïeu, Kookaï, IKKS, Naf Naf, San Marina, Gap France, entre autres.
Malgré le soutien d’un actionnaire disposant de solides capacités financières, Fast Retailing a généré plus de 18 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour un résultat opérationnel de près de 3 milliards d’euros, ces enseignes n’ont pas échappé aux réalités du marché. En 2022, 40 % des boutiques Princesse Tam Tam avaient déjà été fermées, selon une source de l’AFP. Comptoir des cotonniers, de son côté, est passé de 200 boutiques en 2015 à 40 aujourd’hui, après plusieurs vagues de fermetures successives.









