Les escroqueries en ligne explosent, et même les figures historiques de la tech en sont victimes. Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, attaque frontalement YouTube pour sa passivité face à une arnaque Bitcoin qui a piégé des internautes à coups de vidéos truquées. Une bataille judiciaire qui dure depuis cinq ans, sur fond d’immunité légale controversée.
« Quand on signale, ça continue » : l’impuissance face à l’arnaque
Le 10 août 2025, Steve Wozniak a réitéré ses critiques contre YouTube, accusé de laisser prospérer une arnaque utilisant son image pour soutirer de l’argent en cryptomonnaie. Cette affaire, qui remonte à 2020, met en lumière les failles de la lutte contre les fraudes en ligne et l’impact de l’article 230 du Communications Decency Act, une loi américaine qui protège les plateformes contre toute responsabilité liée aux contenus tiers.
Le cofondateur d’Apple raconte comment une vidéo hébergée sur YouTube a utilisé des extraits de ses conférences pour promettre aux internautes de doubler toute somme envoyée en Bitcoin. « Nous avons signalé la vidéo, notre avocat l’a signalée… et ça continue », déclare-t-il dans un entretien accordé à CBS News. Son épouse, Janet Wozniak, a même reçu des messages de victimes qui avaient perdu leurs économies.
Parmi elles, Jennifer Marion, qui affirme avoir transféré 0,9 Bitcoin, soit environ cinquante-quatre mille euros, persuadée que la promesse était réelle. Elle explique avoir été convaincue par l’aspect familier et crédible de YouTube, jusqu’à comprendre qu’il s’agissait d’une fraude sophistiquée.
YouTube protégé par la loi, les victimes bloquées
L’affaire a été portée devant les tribunaux, mais le dossier reste figé depuis cinq ans. En cause : l’article 230 du Communications Decency Act, voté en 1996, qui offre aux plateformes une immunité quasi totale concernant les contenus publiés par des tiers. « Cette protection est utilisée comme un bouclier pour éviter toute responsabilité », souligne l’avocat Brian Danitz, qui chiffre à neuf milliards d’euros les pertes mondiales liées aux arnaques associées à l’intelligence artificielle et à plus de quatre virgule cinq milliards d’euros celles dues aux escroqueries en cryptomonnaie.
Au-delà de cette affaire, Steve Wozniak regrette la transformation d’internet : « C’était censé démocratiser l’accès au savoir. Aujourd’hui, c’est un outil de pistage et de profits publicitaires pour les géants du numérique ». Il appelle à renforcer la « puissance réelle » des dispositifs de lutte contre les fraudes, dénonçant un système où la publicité ciblée prime sur la sécurité des usagers. Malgré son éloignement des décisions d’Apple, Wozniak précise : « Quand Apple fait des choses que je n’aime pas, j’en parle. Personne ne paie ma voix ».








