Par Pierre Fournier
La crise politique ouverte par la dissolution a plongé la France dans une période d’incertitude inédite. Pourtant, à y regarder de plus près, le pari présidentiel pourrait n’avoir pas été aussi insensé qu’il y paraît. Et si, derrière le chaos apparent, Emmanuel Macron avait eu raison sur le fond ?
Lorsqu’il décide de dissoudre l’Assemblée nationale, le président Macron pense que l’histoire se répétera : un Rassemblement national victorieux, un gouvernement jeune et sans expérience, et un échec rapide qui permettrait au bloc central de revenir au pouvoir en 2027, renforcé par la peur du saut dans l’inconnu. C’était un pari risqué, mais politiquement rationnel. Le problème n’est pas tant la stratégie que la réaction des siens. En appelant au « barrage républicain », Gabriel Attal, fidèle sur la forme mais désobéissant sur le fond, a bouleversé le scénario présidentiel. Au lieu d’un échec du RN, la France s’est retrouvée avec une Assemblée éclatée, ingouvernable, où chaque camp a préféré saboter l’autre plutôt que construire. En voulant sauver la République « du péril fasciste », le Premier ministre sortant a involontairement torpillé la manœuvre de son mentor. Macron n’a pas été trahi par l’opposition, mais par la logique même de son propre camp, incapable d’assumer jusqu’au bout la stratégie présidentielle.
Aujourd’hui, le chef de l’État semble avoir compris que toute nouvelle secousse serait fatale. Une seconde dissolution plongerait les marchés financiers dans la panique. Une nomination politique clivante — qu’elle vienne de la droite ou de la gauche — serait immédiatement interprétée comme un nouveau signe d’instabilité. Dans ce contexte, maintenir Sébastien Lecornu à Matignon apparaît non pas comme une faiblesse, mais comme un choix de raison. Lecornu, homme d’appareil mais sans excès partisan, jouit d’une image d’honnêteté et de sérieux. Il rassure les élus locaux, les administrations et même certains milieux économiques. En confiant la gestion quotidienne du pays à un Premier ministre pragmatique, le président envoie un message simple : la France reste gouvernable, même dans l’incertitude. Ce choix, s’il se confirme, pourrait s’avérer bien plus habile qu’il n’y paraît. Car au fond, Emmanuel Macron n’a plus les cartes pour relancer une grande aventure politique. Il peut, en revanche, stabiliser. En misant sur un gouvernement technique, peu politisé, concentré sur la gestion et la préparation budgétaire, il prend l’option de la continuité face à la tentation du chaos. Un gouvernement d’équilibre, sans grandes réformes, sans provocation, pourrait être le seul moyen de traverser la tempête.








