Le débat budgétaire en cours à l’Assemblée nationale révèle une configuration politique inattendue. Amélie de Montchalin, ministre de la Fonction publique, a dénoncé ce week-end une « alliance objective » entre La France insoumise et le Rassemblement national, qu’elle accuse de vouloir « faire dérailler le budget ». Cette convergence de circonstance, que beaucoup jugent contre-nature, éclaire pourtant une recomposition idéologique plus profonde, où les repères traditionnels de la droite et de la gauche semblent s’effacer au profit de postures populistes communes.
Un Rassemblement national à gauche sur l’économie
Longtemps perçu par une partie de l’opinion comme un successeur possible du RPR, attaché à la souveraineté nationale mais ouvertement sensible aux questions entrepreneuriales et identitaires, le RN apparaît aujourd’hui sous un jour nouveau. Les discussions budgétaires montrent un parti bien plus à l’aise avec les mécanismes redistributifs qu’avec les réformes structurelles. Soutenir, même implicitement, un impôt sur la fortune improductive, hérité des logiques mitterrandiennes, relève d’un positionnement clairement interventionniste. Loin de défendre la liberté d’entreprendre, le RN se retrouve sur des positions très proches de celles de la gauche radicale : taxation accrue du capital, critique des grandes entreprises, et revendication d’un rôle central de l’État dans la régulation économique. Ce tournant est d’autant plus significatif qu’il brouille les lignes de clivage. Le RN s’affirme désormais comme un parti souverainiste de gauche, articulant nationalisme identitaire et socialisme économique. Ce mélange inédit pourrait séduire un électorat populaire sensible à la protection sociale, mais il risque aussi de décevoir les artisans, commerçants et entrepreneurs qui attendaient une orientation pro-entreprise et une baisse de la pression fiscale.
Une alliance de circonstance, un symptôme politique
Pour Amélie de Montchalin, l’alliance tacite entre LFI et le RN n’a qu’un objectif : bloquer le budget et fragiliser le gouvernement. L’accusation n’est pas sans fondement. Sur les bancs de l’Assemblée, les deux partis multiplient les amendements, dénoncent les « cadeaux fiscaux » et défendent des logiques de redistribution similaires, au nom d’une « justice fiscale » que chacun habille de son propre vocabulaire. Ce rapprochement conjoncturel révèle cependant plus qu’une simple stratégie parlementaire. Il traduit une porosité croissante entre les extrêmes, un glissement idéologique où la dénonciation du système remplace la réflexion économique. Si la droite traditionnelle reste attachée à la compétitivité et à la baisse des charges, les discours convergents de LFI et du RN s’appuient sur un imaginaire commun : celui d’une France protégée, repliée sur elle-même, où l’État redeviendrait l’acteur central de la prospérité. En cela, ces partis, pourtant opposés sur presque tout, partagent une même défiance à l’égard du libéralisme économique et des logiques de marché.
Cette convergence, que la ministre qualifie « d’arnaque politique », pourrait bien transformer durablement le paysage français. Car en cherchant à séduire à la fois les classes populaires hostiles à la mondialisation et les électeurs nostalgiques d’un État fort, le RN risque de s’éloigner de son électorat initial celui des indépendants, des cadres des territoires et des entrepreneurs pour se rapprocher d’un modèle de parti social-national, économiquement à gauche et culturellement à droite.








