Le rapport mondial Private Wealth Migration Report 2025 (paru en juin) du cabinet britannique Henley & Partners dresse un constat préoccupant pour la France : 800 millionnaires auraient quitté le pays cette année. Ce chiffre, apparemment faible, prend tout son sens lorsqu’on comprend qu’il s’agit d’une perte nette, c’est-à-dire des départs non compensés par de nouvelles arrivées. Dans le classement des pays qui voient leurs fortunes s’exiler, la France figure parmi les perdants récurrents. Selon Henley & Partners, ces départs concernent majoritairement des entrepreneurs, investisseurs et dirigeants de PME, autrement dit des acteurs essentiels de l’économie productive. Ce ne sont pas des rentiers passifs, mais des créateurs de valeur, des employeurs, des contributeurs nets à la collectivité. Leur départ ne représente donc pas seulement une perte fiscale, mais une perte de vitalité économique.
Un effet d’érosion plus grave qu’il n’y paraît
En France, les 10 % des foyers fiscaux les plus aisés paient près de 70 % de l’impôt sur le revenu, et les 0,1 % les plus riches, soit à peine 40 000 foyers, contribuent à 13 % de la recette totale (données Fondation IFRAP, 2025). Dans un tel contexte, chaque départ compte. Huit cents foyers à hauts revenus, ce sont potentiellement des dizaines de millions d’euros de recettes fiscales perdues, mais aussi des investissements non réalisés, des entreprises non créées, et des emplois non produits. Ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis le milieu des années 2010, plusieurs études, dont celles de Henley & Partners ou de New World Wealth, montrent une tendance structurelle : la France attire peu les fortunes étrangères et peine à retenir les siennes. Cette érosion lente mais continue fragilise son image économique et accentue la méfiance des investisseurs internationaux.
Un symptôme d’un climat délétère
Les causes sont connues : instabilité fiscale, hostilité idéologique envers la réussite, incertitude réglementaire. Ces dernières années, la fiscalité du capital et du patrimoine a oscillé au gré des majorités, rendant toute planification à long terme presque impossible. Pire encore, le discours politique s’est durci : dans le débat budgétaire actuel, les entrepreneurs sont souvent dépeints comme des profiteurs, et la richesse comme un problème moral. Ce climat finit par produire ses effets psychologiques. L’économie repose d’abord sur la confiance, or celle-ci s’effrite. Même ceux qui ne partent pas envisagent d’autres solutions : réorganiser leur patrimoine, déplacer une partie de leurs capitaux, investir ailleurs. Le simple fait que l’idée d’exil soit devenue courante dans les milieux économiques est en soi un symptôme alarmant.
La France se vide par le haut
Henley & Partners ne mesure pas seulement un mouvement de fortunes, mais un mouvement de confiance. Quand les entrepreneurs doutent de leur propre pays, quand les investisseurs cessent de croire à la stabilité, le moteur de l’économie s’arrête. Les 800 départs de 2025 ne sont donc pas une anecdote : ils traduisent une fatigue collective et une fracture entre la France politique et la France productive. À ce rythme, le risque n’est pas seulement de perdre quelques contribuables fortunés : c’est de décourager toute une génération d’entrepreneurs qui, demain, choisiront de construire ailleurs. La fuite des millionnaires n’est pas une cause : elle est le symptôme d’un pays qui ne croit plus en ceux qui le font vivre.








