À Arras, Emmanuel Macron a dû marcher 500 mètres sous la pluie. Un exploit physique salué par personne, mais suffisant pour déclencher la seule précipitation vraiment efficace du quinquennat : la chute d’un préfet. Récit d’une averse qui a fait plus de dégâts administratifs qu’une tempête.
500 mètres et un coup de tonnerre
Tout commence par une visite présidentielle dans le Pas-de-Calais, un coin de France où les parapluies ne sont pas d’option, mais de nécessité. Ce jour-là, Jupiter descend de l’Olympe pour aller converser avec quelques électeurs potentiels et montrer que la République sait encore marcher parmi le peuple. Sauf que, surprise : des agriculteurs en colère viennent bloquer l’itinéraire, des tracteurs roulent au pas, et le cortège présidentiel se retrouve coincé comme un scooter entre deux bus. Les agents du GSPR improvisent, hésitent, recalculent. Résultat : le Président, tel un simple mortel, sort de sa berline et parcourt 500 mètres à pied, sous une pluie drue. Une scène surréaliste : des caméras, de la boue, des parapluies trop lents, et un chef de l’État visiblement contrarié d’expérimenter ce que vivent chaque jour les habitants de Dunkerque. Selon plusieurs sources, cette petite promenade aquatique aurait fait vibrer l’Élysée sur la fréquence « danger maximal ». À Paris, on a froncé les sourcils comme si le Président venait d’être parachuté au milieu d’un champ de mines, alors qu’il n’y avait que des flaques et trois tracteurs. Mais dans la haute administration, la dramaturgie est un sport national.
Le préfet Touvet, faute de météo
Vient alors le moment préféré des palais ministériels : trouver un responsable. Comme la pluie n’est pas nommable et que les agriculteurs votent, c’est vers le préfet Laurent Touvet que l’index pointé s’oriente. Ce dernier, en poste depuis quelques mois à peine, aurait commis l’impardonnable : laisser le Président au contact de l’eau. On imagine la scène au ministère de l’Intérieur :
— « Qui a validé l’itinéraire ? »
— « Lui. »
— « Qui a omis de neutraliser les nuages du secteur ? »
— « Lui aussi. »
— « Bon bah… on sait ce qu’il reste à faire. »
Le Conseil des ministres tranche : Touvet est relevé de ses fonctions sans préavis, essoré plus vite qu’un ciré de marin. On lui offre toutefois une porte de sortie élégante, comme toujours dans la haute fonction publique : il devient directeur général des étrangers en France, parachute doré dans un ciel qui, pour lui, restera nuageux encore quelques temps. Dans les couloirs, l’affaire amuse autant qu’elle inquiète : « Avant, on risquait sa carrière pour une bavure policière ; aujourd’hui, pour une averse ! » souffle un fonctionnaire ironique. Satire mise à part, le message envoyé aux préfets de France est limpide : surveiller la météo devient un acte de loyauté républicaine.
Pour remplacer l’infortuné Touvet, l’Élysée nomme François-Xavier Lauch. Un homme sûr. Un ancien chef de cabinet du Président. Un proche, un vrai. Le genre de haut fonctionnaire capable de sortir un parapluie trois heures avant qu’il ne pleuve, et de faire installer des bâches sur les toits des hangars à 30 kilomètres du cortège « au cas où ». Lauch arrive avec une mission simple : plus jamais un Président ne devra marcher en conditions humides sans l’avoir expressément demandé. Dans le Pas-de-Calais, les équipes de sécurité, raconte-t-on, révisent déjà des cartes météorologiques comme si elles préparaient le débarquement du 6 juin. Pendant ce temps, les médias satiriques s’en donnent à cœur joie. L’un parle d’un « préfet limogé pour défaut de parapluie présidentiel ». Un autre écrit : « Quand Jupiter marche sous la pluie, un fonctionnaire disparaît ». Et un dernier résume l’affaire en un aphorisme : « Le Président marche, le préfet trébuche. Le climat, lui, reste stable : il tombe. » Finalement, cette histoire aura prouvé une chose : en France, il n’y a pas que les carrières qui sont humides ; il y a aussi les décisions politiques. Il aura suffi de 500 mètres, trois flaques et un cumulonimbus pour reconfigurer la hiérarchie préfectorale. Comme quoi, parfois, ce ne sont pas les orages qui sont dangereux. Ce sont les parapluies qu’on oublie.









