Un an après la mort d’une jeune recrue lors d’un entraînement à la Massachusetts State Police Academy, c’est tout un modèle de formation policière qui est remis en question aux États-Unis. Ce drame tragique symbole d’une institution qui se prépare à la guerre plutôt qu’au service relance le débat sur la violence policière et la militarisation des forces de l’ordre dans une démocratie.
La mort tragique d’un élève-officier expose un modèle en tension
En septembre 2024, Enrique Delgado-Garcia, 25 ans, meurt des suites de traumatismes crâniens après une séance de boxe intégrée à la formation de la Massachusetts State Police Academy, une école célèbre pour sa rigueur et son atmosphère quasi-militaire. Ce jeune homme, venu servir sa communauté, trouve la mort dans un exercice censé forger sa résistance physique. L’émotion est immense : il n’était pas sur un champ de bataille, mais dans une salle d’entraînement, dans un État du Nord-Est des États-Unis, pays qui revendique pourtant le respect des droits civiques. Cette tragédie met en lumière la brutalité potentielle d’un entraînement qui confond endurance et souffrance inutile, discipline et violence. Au lendemain du drame, la police d’État a suspendu certaines pratiques et promis des réformes. Mais pour beaucoup d’observateurs, ce décès est surtout le symptôme d’un problème plus profond : une militarisation croissante de la formation policière, où les recrues apprennent d’abord à être des « guerriers » avant d’être des gardiens de la paix.
Une police militarisée… et une violence qui tue chaque année
Aux États-Unis, la militarisation de la police ne se limite pas à des métaphores : des services locaux se voient transférer des équipements militaires lourds, des doctrines inspirées de l’armée façonnent les entraînements, et des unités spécialisées (comme les SWAT) sont déployées dans des contextes civils ordinaires. L’idée, pour ses partisans, est de préparer les agents à faire face à des situations extrêmes. Pourtant, les données suggèrent que cette militarisation est associée à plus de morts de civils, pas moins : plusieurs études montrent que l’armement lourd et l’approche combative n’augmentent ni la sécurité des policiers ni celle du public, et peuvent au contraire augmenter les usages des armes par la police. Les chiffres eux-mêmes sont glaçants. D’après les bases de données spécialisées, chaque année, plus de 1 100 civils sont tués par la police américaine, avec notamment 1 213 décès en 2023 et des totaux annuels souvent supérieurs à 1 000 depuis 2015. Ces morts, souvent par balles, constituent une hécatombe silencieuse dans un pays qui se dit démocratique. Dans certaines analyses, ces chiffres sont très probablement sous-estimés, car de nombreux décès imputables à la police échappent aux recensements officiels ou sont codés autrement dans les statistiques de santé publique. Et ces violences ne frappent pas de manière égale : les personnes noires et latinos sont disproportionnellement touchées par les fusillades policières, ce qui alimente un ressentiment profond et, parfois, des mouvements de protestation massifs comme ceux qui ont suivi le meurtre de George Floyd en 2020.
Quand la formation forge des « guerriers » plutôt que des médiateurs
Le cœur du débat ne se limite plus à des critiques techniques de méthodes d’entraînement, mais touche à la mission même de la police dans une démocratie. Une formation inspirée du modèle militaire, où l’accent est mis sur la combativité, l’obéissance absolue à la hiérarchie et la confrontation physique, prépare-t-elle des agents aptes à gérer des crises humaines complexes ? Ou bien inculque-t-elle une culture du « nous contre eux » qui favorise l’usage disproportionné de la force ? Des travaux universitaires pointent que l’accès à du matériel militaire et à des tactiques de type armée est souvent corrélé avec une augmentation de la violence policière et une baisse de la sécurité pour les agents eux-mêmes. Autrement dit, ce modèle n’apporte ni plus de paix, ni plus de sécurité mais amplifie davantage le climat de défiance entre police et population civile. Ces études sont à mettre en parallèle avec la situation française où nous avons une force militaire de police avec la gendarmerie avec aucun problème particulier de violence « guerrière ». Dans ce modèles, même si la formation peut être rigoureuse, elle cultive la militarité mais pas la violence. Le ressort principal n’est pas la préparation à la guerre, mais l’art de maintenir l’ordre social sans confondre civils et ennemis.








