Arrivé au pouvoir dans une Argentine en hyperinflation, Javier Milei a engagé une thérapie de choc économique rompant radicalement avec les pratiques passées. Un peu plus d’un an après le début de son mandat, son bilan économique suscite des jugements contrastés. Entre succès macroéconomiques indéniables, coût social élevé et incertitudes structurelles, l’heure est à une évaluation dépassionnée des résultats obtenus et des fragilités persistantes.
La désinflation comme priorité absolue et réussite macroéconomique
La principale réussite du gouvernement Milei réside dans la chute rapide et spectaculaire de l’inflation. Héritant d’une économie marquée par une inflation annuelle supérieure à 200 %, une création monétaire incontrôlée et un déficit public chronique, le nouveau pouvoir a fait de la stabilisation des prix son objectif central. La stratégie adoptée repose sur des instruments classiques mais appliqués sans gradualisme : arrêt du financement monétaire du déficit, réduction massive des dépenses publiques, suppression de subventions, libéralisation de nombreux prix et dévaluation initiale du peso. En moins de deux ans, l’inflation annuelle est ramenée autour de 30 %, un niveau encore élevé mais sans commune mesure avec la situation antérieure. Sur le plan macroéconomique, cette désinflation constitue un tournant majeur. Elle restaure une certaine crédibilité budgétaire et monétaire, réduit l’incertitude et met fin à une spirale inflationniste qui minait durablement l’économie argentine.
Un choc social violent mais non durable
Cette stabilisation a toutefois eu un coût social immédiat considérable. La suppression brutale des subventions et la hausse des prix administrés ont provoqué une augmentation rapide et marquée de la pauvreté au premier semestre 2024, atteignant des niveaux supérieurs à 50 % de la population. Ce choc a touché en priorité les ménages les plus modestes, dont les revenus ont été immédiatement érodés avant que les effets positifs de la désinflation ne se manifestent. Cette phase constitue le point le plus contesté du bilan de Milei, souvent critiqué pour l’insuffisance des mécanismes d’accompagnement social pendant l’ajustement. Néanmoins, à partir du second semestre 2024 et plus nettement en 2025, les indicateurs montrent un reflux significatif de la pauvreté. La baisse de l’inflation a progressivement stabilisé les revenus réels et réduit la pression sur le coût de la vie. Sans effacer les fragilités structurelles, cette évolution suggère que le choc initial n’a pas entraîné une dégradation sociale irréversible.
Une reprise économique réelle mais encore fragile
Après une récession marquée au début de l’année 2024, l’économie argentine est entrée en phase de reprise en 2025, avec des taux de croissance redevenus positifs. Cette amélioration traduit à la fois un effet de base après l’effondrement initial et une normalisation progressive des grands équilibres macroéconomiques. Pour autant, cette reprise demeure fragile. L’investissement reste prudent, la consommation contrainte et l’économie argentine continue de dépendre fortement de ses exportations primaires et de la confiance des marchés financiers. La stabilisation monétaire et budgétaire est une condition nécessaire au redressement, mais elle ne garantit pas à elle seule une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois formels. La transformation structurelle de l’économie, en termes de productivité, de diversification et de sécurité juridique, reste largement à accomplir.
Conclusion
Le bilan économique de Javier Milei échappe aux lectures simplistes. Il combine une réussite indéniable en matière de stabilisation macroéconomique, un choc social initial sévère mais en partie résorbé, et une reprise encore trop fragile pour être considérée comme acquise. La désinflation constitue un prérequis essentiel, mais elle ne suffit pas à elle seule à refonder durablement l’économie argentine. Le jugement définitif sur la politique économique de Milei dépendra de sa capacité à transformer cette stabilisation en croissance soutenable et socialement supportable. À ce stade, le bilan est réel mais incomplet.












