Le 5 janvier 2026, sur le marché aux poissons de Toyosu, la traditionnelle vente aux enchères du Nouvel An a une nouvelle fois démontré sa capacité à produire des chiffres ahurissants et des scènes spectaculaires. Ce jour-là, un thon géant d’environ 243 kg a été adjugé pour 510 millions de yens, soit environ 2,8 millions d’euros. Ce rendez-vous emblématique n’est pas seulement une enchère : c’est un rituel national, un symbole économique et un événement médiatique scruté dans le monde entier, où le prestige se mesure au prix payé pour ce poisson hors norme.
Un prix record pour des enchères spectaculaires
Dès l’aube, les projecteurs étaient braqués sur le marché de Toyosu, qui a succédé à l’historique Tsukiji mais a conservé la magie et la dramaturgie des enchères. Les cris des commissaires-priseurs, l’odeur de l’eau salée, les lames aiguisées et la tension palpable composent ce décor à la fois ritualisé et ultracommercial. Dans cette atmosphère, le thon géant mis en vente a rapidement attiré tous les regards : avec ses 243 kg, sa chair réputée exceptionnelle et son caractère symbolique de poisson “porte-bonheur”, il n’avait rien d’un lot ordinaire. Par conséquent, les enchères se sont envolées, et très vite, elles ont dépassé toutes les attentes, signe que la compétition entre acheteurs demeure intacte, malgré les fluctuations économiques.
Le marteau est finalement tombé sur une somme vertigineuse : 510 millions de yens, soit environ 2,8 millions d’euros. Ce prix est non seulement l’un des plus élevés jamais atteints lors de cette vente, mais il illustre aussi la dimension profondément culturelle de l’événement. La transaction reste avant tout un acte de prestige : payer très cher un thon géant du Nouvel An n’est pas uniquement un achat gastronomique, c’est un geste symbolique, presque patriotique, perçu comme un porte-bonheur pour l’année à venir et comme un signe d’optimisme économique.
Un propriétaire fidèle aux enchères
Sans véritable surprise, l’heureux acquéreur de ce thon géant record n’est autre que Kiyoshi Kimura, patron de Kiyomura Corp., propriétaire de la célèbre chaîne Sushi Zanmai. Cet entrepreneur est devenu au fil des ans une figure incontournable des enchères du Nouvel An, presque un personnage de folklore national. À chaque début d’année, il se présente au marché, souriant, inspirant les photographes et prêt à frapper fort. Cette fois encore, il l’a admis : il ne s’attendait pas à un montant aussi élevé. « Je pensais que l’enchère serait un peu plus basse, peut-être autour de 300 à 400 millions de yens, mais elle a finalement dépassé les 500 millions », a-t-il confié dans un entretien exclusif relayé par l’agence Reuters. Cette surprise n’enlève rien à sa satisfaction : il assume pleinement ce goût du spectacle… et de la surenchère.
Mais l’homme ne s’est pas contenté de parler de prix. Avec ce thon géant payé au prix d’un appartement de luxe, il a voulu délivrer un message beaucoup plus large. « J’espère qu’en mangeant ce thon de bon augure, le plus grand nombre possible de personnes se sentiront revigorées », a-t-il déclaré. Il a même glissé une référence aux autorités japonaises : « J’espère que l’économie ira mieux cette année. Le gouvernement a promis de travailler, travailler, travailler, alors Sushi Zanmai travaillera aussi, encore et encore. » Par conséquent, ce thon géant n’est plus seulement un poisson : il devient un porte-étendard économique, un symbole de résilience nationale et, d’une certaine manière, une performance politique.
Tokyo, le thon géant et l’effet vitrine : prestige médiatique et défi gastronomique
Au-delà de la tradition, il faut comprendre pourquoi un thon géant peut atteindre de telles sommes et pourquoi autant d’attention médiatique se cristallise autour d’un seul poisson. D’abord, parce que ces enchères représentent un moment de communication gigantesque. Le prix payé devient une publicité mondiale gratuite pour l’acheteur. Le nom Sushi Zanmai fait le tour de la planète, son propriétaire apparaît sur toutes les photos, et chaque client qui franchit la porte de ses restaurants a le sentiment de participer à un événement exceptionnel. En outre, ces enchères reflètent la passion japonaise pour le thon rouge, considéré comme un trésor gastronomique, notamment pour la découpe toro et otoro, parties les plus grasses et les plus recherchées du poisson. En payant ce prix record, Kiyoshi Kimura achète une histoire, une légende et un capital d’image colossal.
Ce thon géant de 243 kg représente aussi un défi logistique impressionnant. Il faut le transporter, le découper avec des sabres immenses, le distribuer dans les restaurants, et organiser une opération presque théâtrale pour servir au public ce poisson mythique. Les chiffres donnent le vertige : avec un coût total converti aux alentours de 2,8 millions d’euros, chaque morceau devient quasiment un bijou culinaire. Pourtant, le patron de Sushi Zanmai a déjà répété à plusieurs reprises qu’il ne cherchait pas à rentabiliser directement le poisson : sa valeur réelle se situe ailleurs, dans l’aura, la médiatisation et le prestige accumulé. Enfin, ces enchères du Nouvel An, centrées sur le thon géant, racontent aussi une histoire japonaise : celle d’un pays qui mêle superstition positive, tradition commerciale et fierté gastronomique pour démarrer l’année avec éclat, bruit… et beaucoup d’appétit.












