Sous couvert de justice fiscale, la taxe sur les holdings n’est pas une politique publique. C’est une manœuvre. Une diversion soigneusement choisie. Quand le système ne fonctionne plus, il reste une recette éprouvée : détourner l’attention, désigner un coupable abstrait, et offrir à l’opinion un exutoire commode. La holding coche toutes les cases. Elle est complexe. Elle est mal comprise. Et elle est associée, dans l’imaginaire collectif, à une minorité jugée suspecte par principe : les riches. Le terrain est parfait.
Quand la complexité devient une cible idéale
La holding n’est pas un sujet populaire. Elle n’est ni visible, ni concrète, ni intuitive. La majorité des Français n’en connaissent ni le fonctionnement, ni l’utilité, ni les contraintes. Peu savent qu’elle peut servir à financer des entreprises, structurer une activité, transmettre un patrimoine professionnel ou porter des investissements risqués. Cette ignorance n’est pas un problème pour le pouvoir. C’est un atout. Plus un mécanisme est complexe, moins il se défend. Moins il se défend, plus on peut le caricaturer. La holding devient alors un mot-valise. On y met ce que l’on veut. Optimisation, privilèges, argent dormant, richesse indécente. Le réel disparaît. Le symbole prend toute la place. Vive les fake news au plus haut niveau de l’Etat.
Désigner des profiteurs pour calmer les frustrations
Le message est simple, presque enfantin. Il tient en une phrase : “Les riches profitent, on va leur faire payer.” Peu importe que ce soit vrai ou faux, imprécis ou économiquement absurde. Ce qui compte, c’est l’effet immédiat. La holding permet de désigner une minorité invisible, isolée, et largement jalousée. Elle devient le réceptacle de toutes les frustrations sociales. On ne parle plus de dette, d’échec des politiques publiques ou de dépenses incontrôlées. On parle de ceux qui “ont”. Et surtout de ceux qui auraient trop. C’est confortable. Cela évite de poser les vraies questions. Et cela crée un consensus émotionnel facile.
Une opération à haut rendement politique et à faible coût
Pour un gouvernement affaibli, l’opération est idéale. Elle ne coûte rien politiquement. Elle rapporte symboliquement beaucoup. On tape sur un système que personne ne comprend, donc personne ne défend. On tape sur une minorité numériquement faible, donc incapable de peser électoralement. Et on envoie à la population un signal flatteur : “Vous voyez, on s’occupe des puissants.” Peu importe les dégâts économiques à long terme. Peu importe l’investissement découragé, les structures fragilisées, les décisions de désengagement. Le bénéfice est immédiat. Le coût est différé. Et en politique, ce qui est différé n’existe pas.
La morale comme cache-misère de l’impuissance
Cette taxe ne cherche pas à améliorer l’économie. Elle cherche à produire une satisfaction morale instantanée. Elle transforme un débat technique en affrontement émotionnel. D’un côté, le peuple. De l’autre, une élite supposée opaque et prédatrice. La fiscalité devient un instrument de mise en scène. On ne réforme pas, on rassure. On ne construit pas, on punit. Ce glissement est révélateur. Quand un pouvoir n’est plus capable d’expliquer, il moralise. Quand il ne sait plus convaincre, il accuse. La taxe sur les holdings n’est pas une réponse. C’est un aveu d’impuissance maquillé en courage. Peu importe que ce soient les entrepreneurs qui fassent tourner l’économie. Peu importe qu’à court terme les jeunes créateurs d’entreprise créeront des holdings à l’étranger. Peu importe de taxer la réussite pour financer l’échec de l’Etat. Peu importe de tout si ça permet à une minorité de ministres et de parlementaires de garder leurs postes.
Un système qui préfère plaire plutôt que fonctionner
Au fond, cette affaire dit quelque chose de plus grave. Le système ne cherche plus à fonctionner correctement. Il cherche à tenir. À flatter. À apaiser à court terme. La holding est sacrifiée parce qu’elle est incomprise. Les entrepreneurs sont visés parce qu’ils sont minoritaires. Et la population est confortée dans une narration simplifiée, presque infantilisante. Tout le monde y trouve son compte, sauf l’économie réelle. Mais cela, on verra plus tard. Toujours plus tard. Quand la politique en arrive à frapper ce qui est complexe pour séduire ceux qui applaudissent, ce n’est pas seulement une taxe de plus. C’est le signe qu’on gouverne désormais contre l’intelligence, en espérant que le bruit couvre le vide.








