Le 18 février 2026, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques a publié une étude qui secoue le débat public. En simulant plusieurs scénarios de déremboursement partiel pour contenir les dépenses de l’Assurance maladie, elle met en lumière un risque clair : celui d’une aggravation des inégalités sociales de santé.
Officiellement, l’objectif est comptable. Les mesures étudiées — hausse des tickets modérateurs, relèvement des franchises médicales ou des participations forfaitaires — visent à dégager environ 1 milliard d’euros d’économies pour l’Assurance maladie obligatoire. Politiquement, en revanche, la question est explosive.
Assurance maladie : une économie d’un milliard d’euros, mais à quel prix social ?
Sur le papier, le déremboursement paraît technique. Pourtant, il modifie en profondeur la répartition du coût des soins. L’Assurance maladie rembourse moins. Les ménages ou leurs complémentaires paient davantage. Ce transfert n’est pas neutre.
La Drees est formelle. « Quelle que soit la mesure considérée, rapportée au revenu, le coût (de ces déremboursements) est deux fois plus élevé pour les ménages modestes que pour les ménages aisés, malgré la protection offerte par la complémentaire santé solidaire (C2S) », rapporte TF1 Info en citant l’étude officielle. Le constat est sans appel.
En valeur absolue, le surcoût peut sembler modeste. En moyenne, il atteindrait environ 35 euros par an et par ménage selon certaines simulations. Mais rapporté aux revenus, l’effet est brutal. Selon La Tribune, l’impact représenterait entre 0,12 % et 0,13 % du revenu des ménages modestes, contre une part nettement plus faible pour les plus aisés. L’inégalité n’est pas dans le montant. Elle est dans l’effort.
Assurance maladie et précarité : un risque d’exclusion des soins
Derrière les pourcentages se cache une réalité sociale. Pour un ménage aisé, quelques dizaines d’euros supplémentaires ne bouleversent pas l’équilibre budgétaire. Pour un foyer en situation de précarité, chaque dépense contrainte compte.
L’Assurance maladie, en diminuant son niveau de remboursement, accroît mécaniquement le reste à charge. Or, ce reste à charge influence les comportements. Les études passées l’ont montré : quand le coût augmente, certains patients renoncent ou retardent des soins. Chez les ménages modestes, la contrainte budgétaire est immédiate et le choix va forcément porter sur les besoins de première nécessité comme le logement ou l’alimentation.
À cela s’ajoute un facteur sanitaire. « La hausse des franchises médicales ou des participations forfaitaires pénalise davantage les personnes en mauvaise santé, en raison de leur consommation plus élevée de soins », souligne la Drees. Les malades chroniques, les personnes âgées, les patients nécessitant un suivi régulier seraient particulièrement exposés. L’inégalité sociale croise alors l’inégalité de santé.
Assurance maladie : la C2S, un filet de sécurité insuffisant ?
Le gouvernement pourrait arguer que la Complémentaire santé solidaire amortit le choc. Pourtant, la Drees rappelle que tous les ménages modestes n’y ont pas accès. Certains dépassent légèrement les seuils. D’autres n’y recourent pas, faute d’information ou par crainte administrative.
L’Assurance maladie ne couvre donc pas totalement la population fragile face aux déremboursements. Une zone grise subsiste. Elle concerne précisément ces ménages modestes qui ne sont ni très pauvres ni véritablement protégés. Pour eux, la hausse du coût des soins peut signifier arbitrer entre santé, logement ou alimentation.








