Une évacuation médicale discrète d’un marin américain au large de Nuuk a conduit à une annonce spectaculaire de la Maison-Blanche : l’envoi d’un navire-hôpital vers l’île arctique. Mais Nuuk a gentiment décliné arguant ne pas en avoir besoin.
Du sauvetage du sous-marin à l’annonce du navire hôpital
Tout commence le 21 février 2026. Selon Reuters, l’Arctic Command danois procède ce jour-là à l’évacuation d’un membre d’équipage d’un sous-marin américain à environ 7 milles nautiques, soit près de 13 kilomètres, des côtes de Nuuk, la capitale du Groenland. L’opération est présentée comme une intervention médicale classique en mer, menée en coopération avec les autorités américaines. Cet épisode rappelle la réalité opérationnelle dans l’Arctique : les forces américaines et danoises y coopèrent régulièrement, notamment dans un contexte de sécurité maritime. Le Groenland, territoire autonome au sein du royaume du Danemark, occupe une position stratégique majeure dans l’Atlantique Nord.
Le lendemain, 22 février 2026, le président des États-Unis, Donald Trump, publie un message annonçant l’envoi d’un « grand navire-hôpital » vers le Groenland afin de « prendre soin des nombreuses personnes malades » qui, selon lui, ne seraient « pas prises en charge là-bas », rapporte Reuters. Il ajoute que le bâtiment est « en route ». Dans le même message, il précise travailler avec le gouverneur de Louisiane, Jeff Landry.
Le Groenland tacle Trump et le système de santé américain
La réaction groenlandaise intervient rapidement. Le Premier ministre, Jens-Frederik Nielsen, répond publiquement à l’initiative américaine. « Ce sera non, merci, de notre part. L’idée du président Trump d’envoyer un navire-hôpital américain ici au Groenland a bien été notée. Mais nous avons un système de santé public où les soins sont gratuits pour les citoyens », déclare-t-il. Le message est clair : aucune demande d’assistance n’a été formulée, et les autorités locales estiment que leur système de santé est en mesure de répondre aux besoins de la population. Le Groenland compte environ 60 000 habitants et dispose en effet de six hôpitaux, selon The Guardian. En cas de pathologie complexe nécessitant une prise en charge spécialisée, les patients sont transférés au Danemark.
Copenhague soutient la position de Nuuk. Le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, souligne que « la population groenlandaise reçoit les soins de santé dont elle a besoin. Elle les reçoit soit au Groenland, et, s’il y a besoin d’un traitement particulier, elle le reçoit au Danemark. Ce n’est donc pas comme s’il y avait besoin d’une initiative sanitaire spéciale au Groenland », selon le Huffington Post. Les autorités danoises indiquent par ailleurs ne pas avoir été consultées en amont de l’annonce américaine, ce qui contribue à donner à l’épisode une dimension diplomatique inattendue.
Une annonce impossible à honorer ?
L’annonce soulève également des interrogations d’ordre pratique. Les États-Unis disposent de deux grands navires-hôpitaux, l’USNS Comfort et l’USNS Mercy. Selon The Guardian, ces deux bâtiments seraient actuellement en maintenance, ce qui rend incertain un déploiement immédiat.
Pour les responsables groenlandais et danois, la priorité est de rappeler la solidité du système de santé local et le cadre institutionnel existant. Pour Washington, le message semble s’inscrire dans une logique d’affirmation de présence et d’engagement dans l’Arctique.











