Cet article s’inscrit dans la suite des trois précédents consacrés aux partis politiques durant la Seconde Guerre mondiale car cette période exerce toujours une influence considérable sur la vie politique actuelle. Un épisode beaucoup peu connu a attiré mon attention : la tentative du Parti communiste français de faire reparaître son journal L’Humanité au début de l’Occupation. Cette question mérite d’être examinée de près, car elle éclaire une période particulièrement complexe de l’histoire politique française.
Un parti interdit et désorganisé après 1939
Lorsque le gouvernement de Édouard Daladier dissout le Parti communiste français le 26 septembre 1939, le parti est déjà fragilisé par les arrestations et les poursuites judiciaires visant ses cadres et ses élus. Cette décision intervient dans le contexte du Pacte germano-soviétique signé quelques semaines plus tôt entre Joseph Staline et Adolf Hitler. Pour le gouvernement français, cette alliance entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie jette un doute sur la loyauté des partis communistes européens. Après l’interdiction du PCF, ses journaux sont supprimés, ses locaux fermés et une partie de ses dirigeants est arrêtée. D’autres entrent dans la clandestinité. Le journal L’Humanité, organe central du parti depuis le début du XXᵉ siècle, disparaît alors de la presse légale.
Les démarches auprès de l’occupant allemand en 1940
Au début de l’été 1940, alors que la France vient de s’effondrer militairement et que Paris est occupé, certains responsables du Parti communiste français tentent d’obtenir la légalisation de leur journal interdit, L’Humanité. Dans ce cadre, Maurice Tréand, responsable de l’organisation et de l’appareil du parti, participe directement aux démarches et prend contact avec les autorités allemandes chargées du contrôle de la presse. Le 26 juin 1940, il rencontre notamment l’ambassadeur du Reich à Paris, Otto Abetz, afin d’explorer la possibilité d’une reparution légale du journal. Dans le même temps, l’un des principaux dirigeants clandestins du parti, Jacques Duclos, suit l’initiative et en rend compte à l’Internationale communiste. Ces démarches s’inscrivent dans le contexte politique très particulier créé par le Pacte germano-soviétique, signé en août 1939 entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie. À cette période, la ligne politique imposée par Moscou présente encore la guerre comme un affrontement entre puissances impérialistes, ce qui conduit les dirigeants communistes français à tenter de sortir leur organisation de la clandestinité dans les premiers mois de l’Occupation.
.Un projet finalement refusé
Malgré plusieurs échanges au cours de l’été 1940, les autorités allemandes refusent finalement d’autoriser la reparution du journal. Les responsables nazis se méfient des communistes et préfèrent s’appuyer sur une presse collaborationniste plus contrôlable politiquement. Le projet est donc abandonné et L’Humanité ne reparaît pas légalement. Le journal continue cependant d’exister sous forme clandestine. Des numéros illégaux commencent à circuler dans les réseaux militants. La situation évolue radicalement en juin 1941 lorsque l’Allemagne lance l’attaque contre l’Union soviétique lors de l’Opération Barbarossa. À partir de ce moment, le Parti communiste français s’engage pleinement dans la lutte armée contre l’occupant et participe activement à la Résistance.
Cet épisode de 1940 reste aujourd’hui un moment complexe de l’histoire du communisme français. Il montre combien les premières années de la Seconde Guerre mondiale ont placé les acteurs politiques dans des situations contradictoires, prises entre les bouleversements internationaux et les réalités de l’Occupation.









