Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie ne parle plus d’un risque, mais d’un basculement. Selon Fatih Birol, la crise de l’énergie déclenchée par la guerre au Moyen-Orient pourrait dépasser tout ce que le monde a connu depuis des décennies, tant par son ampleur que par ses conséquences économiques.
Une énergie mondiale déjà frappée par un choc d’ampleur historique
Le premier élément de son diagnostic repose sur un constat chiffré sans équivalent récent. Selon ses déclarations relayées par Le Parisien, Fatih Birol affirme : « À ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies. » Cette comparaison avec les chocs des années 1970 n’est pas anodine. Elle ancre immédiatement la crise actuelle dans une dimension historique. En effet, cette perte de 11 millions de barils par jour dépasse les perturbations cumulées des deux grandes crises pétrolières, estimées autour de 10 millions de barils quotidiens selon Léman Bleu.
Ce point est central dans le raisonnement de Fatih Birol. Il ne s’agit pas d’une tension spéculative ou d’un emballement des marchés. La crise de l’énergie est, selon lui, d’abord une crise physique. Le pétrole manque réellement. Ce déficit affecte directement les chaînes de production, le transport de marchandises et, plus largement, l’ensemble du fonctionnement économique.
Le directeur de l’AIE insiste également sur la nature composite du choc. Selon Le Parisien, il estime que « cette crise représente à ce stade deux crises pétrolières et un effondrement du marché du gaz réunis ». Les mécanismes de compensation habituels entre sources d’énergie sont aujourd’hui affaiblis, ce qui amplifie la pression sur l’ensemble du système.
Ormuz : point de rupture
Au cœur de la crise, Fatih Birol identifie un point de rupture majeur : le détroit d’Ormuz. Selon les données de l’Agence internationale de l’énergie publiées, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits dérivés transitent chaque jour par ce passage, soit près de 20 % de la consommation mondiale. Or, la situation actuelle est marquée par une paralysie presque totale de cette route stratégique. Selon Léman Bleu, le transit de marchandises y a chuté de 95 %. Cette contraction brutale transforme Ormuz en véritable goulet d’étranglement du système énergétique mondial. Fatih Birol ne laisse aucun doute sur la hiérarchie des priorités. Selon Reuters, il affirme que la réouverture du détroit constitue « la solution la plus importante » pour stabiliser la situation.
Cette dépendance à Ormuz expose particulièrement certaines régions du monde. Reuters souligne notamment la vulnérabilité de l’Asie-Pacifique, fortement dépendante des flux pétroliers mais aussi d’autres produits critiques transitant par cette zone, comme certains engrais ou l’hélium. Ainsi, la crise de l’énergie ne se limite pas à un problème d’approvisionnement en pétrole. Elle menace des chaînes industrielles entières, renforçant son caractère systémique.
Des infrastructures détruites qui aggravent la crise de l’énergie
Au-delà du blocage logistique, Fatih Birol insiste sur un second facteur aggravant : les destructions d’infrastructures énergétiques.
Selon Le Parisien, au moins 40 installations ont été gravement ou très gravement endommagées dans neuf pays du Moyen-Orient. Contrairement à une simple perturbation de marché, ces destructions inscrivent la crise dans la durée. Certaines infrastructures nécessitent plusieurs mois de réparations, ce qui empêche un retour rapide à la normale.
Le directeur de l’AIE en tire une conclusion claire. Selon ses propos rapportés par Le Parisien, « aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise si elle continue dans cette voie ». En effet, l’interconnexion du système énergétique mondial fait que toute rupture majeure dans une région stratégique se répercute immédiatement ailleurs. Les pays importateurs sont directement exposés, mais les pays producteurs eux-mêmes peuvent être affectés par les perturbations des flux et des infrastructures.
Fatih Birol avertit que « l’économie mondiale fait face à une menace majeure ». La crise de l’énergie est susceptible de provoquer des effets en chaîne sur la croissance, les prix et les échanges internationaux. Reuters évoque la possibilité d’un baril à 150 dollars en cas de prolongation du conflit, soit un record absolu. Une telle évolution aurait des conséquences significatives sur les coûts de production, les transports et l’inflation.
Fatih Birol insiste également sur les limites des réponses actuelles. Il explique que la libération de stocks stratégiques « aidera à rassurer les marchés », mais qu’elle « ne constitue pas une solution » et ne fait que « réduire la douleur dans l’économie ». Le 11 mars 2026, elle a coordonné la libération de 400 millions de barils de pétrole issus des réserves stratégiques de ses 32 pays membres. Ce volume représente l’une des interventions les plus importantes jamais réalisées sur le marché pétrolier. Cependant, Fatih Birol estime que cette réponse reste limitée face à l’ampleur de la crise.








