Carburant : une guerre des marges hypocrite alors que l’État fait son beurre
La flambée des prix du carburant révèle une bataille de communication particulièrement cynique. Dominique Schelcher, patron des coopératives U, lance un appel solennel aux pétroliers pour qu’ils « prennent sur leurs marges » afin de soulager les consommateurs. Une supplique qui sonne creux quand on connaît le véritable responsable de la facture salée à la pompe : l’État français et sa fiscalité vorace.
Selon le dirigeant, les magasins U vendent déjà leur essence « à prix coûtant » pour rester compétitifs. « On veut être au mieux dans le match des prix donc on serre nos marges », explique-t-il sur RTL, précisant que « le problème est à leur niveau, ils doivent prendre sur leurs marges ».
Les distributeurs au bord de l’asphyxie
La situation des distributeurs comme U illustre parfaitement l’absurdité du débat actuel. Dominique Schelcher assure qu' »il n’y a quasiment plus » de marge sur le carburant vendu par son réseau. Les coopératives seraient donc déjà à l’os, contrairement aux géants intégrés comme TotalEnergies « qui est à la fois producteur, raffineur, distributeur » et peut « maîtriser sa marge sur son amont ».
Cette différence structurelle explique en partie pourquoi les distributeurs indépendants appellent à la solidarité des pétroliers. « Je lance un appel aux pétroliers pour qu’ils prennent sur leurs marges pour qu’ils vendent à tous les distributeurs moins chers », plaide le patron de U, estimant que cela serait « un avantage pour tous les consommateurs rapidement ».
L’État, grand gagnant silencieux de la crise énergétique
Mais cette querelle entre distributeurs et pétroliers masque l’essentiel : le poids écrasant de la fiscalité dans le prix final du carburant. Pendant que les Français galèrent pour faire le plein, que les infirmières ne peuvent plus rendre visite à leurs patients faute de moyens, que les familles renoncent à leurs vacances, l’État français engrange des milliards d’euros supplémentaires grâce à la hausse des prix énergétiques.
Et que fait-il de cette manne inespérée ? Il annonce fièrement vouloir la réinvestir dans l’électrification des usages !L’État profite de la détresse des Français pour financer ses grands projets verts, tout en pointant du doigt les marges des distributeurs et des pétroliers.
Une hypocrisie institutionnalisée
La composition du prix à la pompe révèle l’ampleur de cette hypocrisie. Les taxes représentent environ 60% du prix de l’essence, entre la TICPE (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et la TVA qui s’applique sur l’ensemble. Quand le carburant flambe, les recettes fiscales explosent mécaniquement.
Dans ce contexte, voir l’État donner des leçons aux acteurs privés relève de la pure provocation. Les marges des distributeurs et même des pétroliers pèsent peu face au poids des prélèvements obligatoires. Pourtant, c’est bien sur eux que se concentrent les critiques gouvernementales.
Des tensions d’approvisionnement qui s’annoncent
La guerre au Moyen-Orient vient compliquer encore la donne. Dominique Schelcher alerte sur des difficultés imminentes : « Je situe à six semaines le point de tournant, il nous reste deux semaines. Sinon, ça va être de plus en plus difficile sur le prix et la disponibilité du pétrole ».
Les prix actuels du carburant n’avaient pas atteint de tels niveaux depuis 1985. Le dirigeant souligne que « le prix du gasoil n’a jamais été aussi haut depuis qu’il est mesuré », modifiant déjà les comportements des consommateurs qui roulent moins ou « optimisent » leurs déplacements.
Une redistribution urgente des cartes
Face à cette crise, plusieurs leviers pourraient être actionnés :
- Une baisse immédiate de la TICPE pour soulager les ménages
- Un gel temporaire de la TVA sur les carburants
- Une révision des marges dans toute la filière pétrolière
- Un moratoire sur les nouveaux projets financés par les surprofits fiscaux
Mais rien de tout cela ne semble à l’ordre du jour. L’État préfère maintenir sa ponction fiscale record tout en orchestrant une bataille de communication entre distributeurs et pétroliers. Une stratégie qui permet de détourner l’attention du véritable enjeu : qui profite réellement de la flambée des prix du carburant ?
Cette polémique révèle surtout l’urgence d’un débat de fond sur la fiscalité énergétique française. La France figure parmi les pays européens où les taxes sur les carburants sont les plus élevées. Dans un contexte de crise énergétique mondiale, maintenir cette pression fiscale relève de l’acharnement fiscal.
Pendant que Dominique Schelcher appelle à la solidarité des pétroliers et que l’État fait ses comptes, les Français continuent de subir une double peine : des prix du carburant record et une fiscalité qui ne faiblit jamais. Cette discussion sur les marges privées apparaît bien dérisoire face à l’ampleur de la ponction publique.











