Pourquoi la guerre Iran États-Unis a été courte

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La Guerre Iran États Unis En Images
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Alors que beaucoup d’analystes redoutaient un conflit long entre Washington et Téhéran, la confrontation militaire s’est révélée beaucoup plus brève que prévu. Plusieurs facteurs structurels rendaient en réalité un enlisement peu probable. Une analyse publiée par le site géopolitique Enderi — notamment dans l’article Guerre contre l’Iran : pourquoi Enderi avait compris avant beaucoup d’autres qu’elle serait courte  avait d’ailleurs avancé très tôt cette hypothèse en identifiant plusieurs contraintes politiques, économiques et militaires rendant improbable une guerre longue.

Sept facteurs qui rendaient improbable un conflit prolongé

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la confrontation avec l’Iran ne pouvait probablement pas durer très longtemps.

  • Le premier tient à la dimension financière des crises internationales. Les tensions géopolitiques provoquent souvent des réactions immédiates sur les marchés, avec des mouvements brutaux de baisse puis de rebond, en séquences relativement courtes pour que des spéculateurs puissent gagner de l’argent. La géopolitique spéculative permet à des initiés d’acheter au bon moment et de vendre au bon moment. Par exemple, ceux qui avaient l’information que la guerre allait se déclencher pouvaient soit shorter soit vendre pour racheter au plus bas et de nouveau vendre au dénouement. De nombreux articles évoquent des délits d’initiés avant les déclarations de Trump. Cette « géopolitique par les marchés » est préoccupante car cela voudrait dire que pour faire de la spéculation l’administration Trump pourrait déclencher des crises. Mais cela veut dire aussi qu’une crise, droits de douane, Groenland ou guerre avec l’Iran, est construite pour avoir une cinétique courte.
  • Le deuxième facteur est politique. Donald Trump avait lui-même évoqué une durée limitée pour cette confrontation, de l’ordre de quelques semaines. Dans sa stratégie de communication, les annonces de temporalité correspondent souvent à un cadre stratégique anticipé. Cette temporalité est imposée par le cadre institutionnel. Aux États-Unis, la prolongation d’une guerre finit par poser la question de l’autorisation du Congrès, comme le rappelle l’analyse sur la durée d’une guerre sans autorisation du Congrès. Cette contrainte limite la possibilité pour l’exécutif de prolonger indéfiniment un conflit. Par ailleurs, le mouvement MAGA est auto centré sur les USA et ne peux accepter un conflit long.
  • Le troisième facteur est économique et militaire. Les guerres modernes reposent largement sur l’utilisation de missiles de précision et de frappes aériennes extrêmement coûteuses. Les stocks militaires ne sont pas illimités et doivent être préservés pour d’autres théâtres stratégiques, notamment face à la Chine. Par ailleurs, chaque munition coute très cher. Prolonger la guerre aurait demandé une rallonge budgétaire que là aussi le socle MAGA aurait eu du mal à accepter.
  • Le quatrième facteur est purement militaire et politique: une invasion terrestre nécessiterait un déploiement militaire colossal et un engagement sur plusieurs années. L’Iran n’est pas l’Irak. Déployer des hommes dans un territoire immense aurait demandé des mois et des mois avec un résultat très couteux en vie humaines.
  • Le cinquième facteur découle directement de cette réalité : sans intervention terrestre, il est extrêmement difficile de provoquer la chute d’un régime politique. C’est ce que souligne également l’analyse expliquant que l’Iran aurait déjà perdu même si la guerre s’arrêtait rapidement.
  • Enfin, un sixième facteur concerne la dimension narrative de la stratégie politique. Une guerre courte permet de contrôler plus facilement le récit politique et d’annoncer rapidement une victoire, ce qui apparaissait également dans l’analyse évoquant la probabilité d’un accord entre l’Iran et les États-Unis. La logique Trumpienne est de raconter des histoires de succès. Même sans avoir terminé et avoir atteint ses buts de guerre il est facile d’annoncer une victoire éclatante.

Une séquence qui pourrait annoncer d’autres crises

Avec le recul, la brièveté relative de la confrontation apparaît moins comme un accident que comme le résultat d’un ensemble de contraintes politiques, économiques et militaires. L’objectif implicite semblait davantage être de modifier le rapport de force que de renverser le régime iranien. Dans cette perspective, la destruction d’une partie des capacités industrielles, militaires ou nucléaires du pays peut être présentée comme une victoire stratégique, même sans changement de régime. Cette séquence pourrait aussi annoncer une dynamique plus large. Si l’on suit la logique décrite dans plusieurs analyses d’Enderi et dans certaines analyses économiques publiées par le Journal de l’Économie, il est possible que les mois à venir soient marqués par d’autres cycles de tensions internationales relativement courts permettant à des spéculateurs sans scrupule de s’enrichir. Ces cycles pourraient s’inscrire dans des séquences d’environ deux à trois mois, suffisamment longues pour produire des effets significatifs sur les marchés financiers mais suffisamment brèves pour éviter un enlisement politique. Dans cette perspective, les crises géopolitiques pourraient aussi fonctionner comme des catalyseurs économiques : elles provoquent un choc initial sur les marchés, amplifient la volatilité puis débouchent sur un rebond lorsque la tension retombe. Ce type de dynamique permet de maximiser les gains pour certains acteurs capables d’anticiper ou d’exploiter ces fluctuations. Dans ce cadre, la guerre contre l’Iran pourrait n’avoir été qu’une séquence dans une stratégie plus large où tensions géopolitiques, communication politique et marchés financiers s’entremêlent étroitement.

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