Note de la dette : la France échappe à une dégradation

Moody’s maintient sa perspective négative en soulignant que « le budget 2026 n’apporte pas de clarté sur les mesures qui seront prises pour réduire le déficit au-delà de cette année ».

Publié le
Lecture : 3 min
Chatgpt Image 18 Oct. 2025 à 00 10 15
Dette de la France | www.nlto.fr

Moody’s maintient la note de la dette souveraine française à AA3 malgré une dette de 115,6% du PIB. L’agence salue l’accord budgétaire politique et l’amélioration du déficit, mais conserve une perspective négative face aux incertitudes sur la consolidation future.

La dette souveraine française maintenue à AA3 par Moody’s

L’agence de notation Moody’s a maintenu vendredi 10 avril la note de la dette souveraine française à AA3, épargnant ainsi au pays une dégradation redoutée. Cette décision place toujours la France un cran au-dessus de ses concurrentes Standard & Poor’s et Fitch, qui avaient déjà rétrogradé la dette française à A+ l’automne dernier.

Avec une dette qui a atteint 115,6% du PIB en 2025, soit 3 460 milliards d’euros, la France conserve sa classification parmi les pays dont la dette est « de bonne qualité », malgré une perspective négative qui laisse planer le risque d’une future dégradation.

Une situation budgétaire contrastée fin 2025

La France termine l’année 2025 avec un déficit public de 5,1% du PIB, une amélioration notable par rapport aux 5,8% enregistrés en 2024. Cette performance dépasse les attentes de Moody’s, qui anticipait un déficit de 5,4%.

Pour 2026, le gouvernement vise un déficit de 5%, légèrement inférieur aux prévisions antérieures de l’agence (5,2%). Cependant, la France reste le « cancre de la zone euro » en matière de finances publiques, loin des 3% imposés par les traités européens.

Les projections à moyen terme demeurent préoccupantes :

  • 118,3% du PIB attendu en 2026 selon l’OFCE
  • 119,8% en 2027
  • Jusqu’à 125% en 2029 et 130% en 2030 sans inflexion budgétaire, selon la Cour des comptes

Chronologie des dégradations françaises depuis 2000

Contrairement à ses concurrentes, Moody’s a historiquement fait preuve de plus de clémence envers la dette souveraine française. Cette décision de maintien contraste avec les récentes dégradations de Standard & Poor’s et Fitch, qui ont fait basculer la France en catégorie A+ à l’automne 2025.

Cette bienveillance relative de Moody’s crée aujourd’hui une « incongruité » selon les observateurs : tous les pays de la zone euro moins bien notés par l’agence ont affiché en 2024 et 2025 un déficit public inférieur à celui de la France. De plus, à l’exception de l’Italie et de la Grèce, tous présentent une dette publique plus faible.

Les critères de la décision de Moody’s

L’agence justifie son maintien de note par plusieurs éléments positifs. Elle salue notamment « l’accord budgétaire trouvé entre la gauche modérée et le centre droit, au sein d’un Parlement français politiquement divisé », qui « conforte [son] évaluation de la solidité des institutions et de la gouvernance françaises ».

L’amélioration du déficit public constitue le second pilier de cette décision. Moody’s considère ces « deux éléments positifs pour la solvabilité » de la France, témoignant d’une capacité de gouvernance malgré la fragmentation politique.

Cependant, l’agence maintient sa perspective négative en soulignant que « le budget 2026 n’apporte pas de clarté sur les mesures qui seront prises pour réduire le déficit au-delà de cette année ». Un « risque important demeure que les partis politiques ne soient pas capables de s’entendre sur de nouvelles mesures de consolidation pour 2027 et au-delà ».

Les défis futurs pour la dette souveraine française

Plusieurs facteurs pèsent sur les perspectives d’évolution de la note française. La « fragmentation du paysage politique français » inquiète particulièrement Moody’s, qui craint qu’elle « continuera à handicaper le fonctionnement des institutions législatives ».

Le contexte géopolitique ajoute une dimension d’incertitude. La crise iranienne et ses répercussions sur les taux d’emprunt constituent un risque supplémentaire. La France emprunte actuellement à 3,6% sur dix ans, contre 3,2% avant le déclenchement de la guerre, une hausse qui pèse sur la charge de la dette. Selon Rexecode, cette charge pourrait exploser pour atteindre 120 milliards d’euros en 2030, en raison de la hausse des taux d’intérêt.

L’automne 2026 s’annonce décisif. Les économistes estiment que Moody’s « aura alors plus de latitude pour dégrader la France », particulièrement si les préparatifs du budget s’avèrent « très compliqués » avant la présidentielle de 2027. En maintenant sa note, Moody’s offre un répit à la France, mais la dette publique française reste sous surveillance. L’agence attendera probablement les clarifications post-présidentielles de 2027 avant de prendre toute décision de dégradation définitive.

Laisser un commentaire