Travail le 1er mai : la bataille des syndicats contre la liberté des salariés

Publié le
Lecture : 3 min
Le,mans,,france, ,october,10,,2017:,people,demonstrate,during
Crédit photo Shutterstock | www.nlto.fr

Le syndicalisme français a parfois des idées étonnantes. Par exemple : défendre les salariés… en leur interdisant de travailler. L’affaire du travail du 1er mai en est une illustration presque parfaite. Une réforme qui ne crée aucune obligation, qui ne fait qu’ouvrir une possibilité, devient soudain un scandale national. Pourquoi ? Parce qu’elle introduit quelque chose que certains syndicats supportent mal : la liberté.

Empêcher les salariés de travailler pour les protéger

Le raisonnement mérite d’être savouré. Permettre de travailler le 1er mai ne signifie évidemment pas obliger qui que ce soit à travailler. C’est une option. Une liberté. Une possibilité supplémentaire laissée aux salariés et aux entreprises. Mais pour une partie du syndicalisme français, cette simple idée semble déjà trop audacieuse. Le salarié pourrait vouloir travailler ce jour-là pour gagner plus ? Catastrophe sociale. Le salarié pourrait préférer organiser son temps de travail autrement ? Dérive de l’ultra libéralisme. Le salarié pourrait décider lui-même ? Là, on frôle l’effondrement du modèle collectiviste. Donc la solution est simple : interdire. On interdit au nom des salariés. On interdit pour les protéger. On interdit pour éviter qu’ils prennent de mauvaises décisions pour eux-mêmes. Il faut reconnaître que la logique est remarquable : la meilleure façon de défendre quelqu’un consiste apparemment à limiter ses choix.

Le syndicalisme figé dans le siècle dernier

Le problème est que cette vision du travail ressemble de plus en plus à un musée social. Dans l’imaginaire syndical, le monde reste celui des grandes usines des années 1970, avec des salariés passifs qu’il faudrait protéger contre tout et surtout contre eux-mêmes. La réalité est beaucoup plus diverse. Beaucoup de salariés veulent travailler certains jours fériés parce que ces heures sont majorées. Pour certains ménages, c’est un complément de revenu précieux. Pour d’autres, c’est une organisation pratique de la vie familiale. Les familles monoparentales, par exemple, arbitrent souvent leurs horaires en fonction des possibilités de garde des enfants. D’autres salariés préfèrent concentrer davantage d’heures sur certains jours pour libérer du temps ailleurs. Bref, le monde réel est fait de choix individuels. Et c’est précisément ce que certains syndicats semblent incapables d’accepter. Après on s’étonne que les syndicats ne représentent plus rien, de 7 à 8% dans le secteur privé et le taux de participation aux différents scrutins est de l’ordre de 36% et de moins de 5% dans les TPE.

Le paradoxe : lutter contre les salariés

Le plus étonnant dans cette affaire est le retournement complet du rôle syndical. Normalement, un syndicat est censé défendre les intérêts des travailleurs. Or dans ce cas précis, il se bat pour empêcher certains d’entre eux de travailler, donc de gagner davantage et d’avoir une liberté supplémentaire. La scène devient presque absurde. Des salariés voudraient travailler. Des entreprises seraient prêtes à les payer plus cher. Et au milieu, une organisation explique que tout cela doit être interdit pour leur bien. On voit mal comment transformer plus efficacement une opportunité en contrainte.

Le précédent révélateur du travail du dimanche

Ce scénario n’est d’ailleurs pas nouveau. On l’a déjà vu lors des débats sur le travail du dimanche. Dans plusieurs enseignes de la grande distribution, des salariés avaient manifesté contre … les syndicats pour pouvoir continuer à travailler le week-end. Le motif était simple : les heures étaient mieux payées et l’organisation des horaires convenait mieux à leur vie personnelle. La situation était presque surréaliste : des salariés réclamaient le droit de travailler pendant que certains syndicats se mobilisaient pour l’empêcher. Cet épisode avait déjà montré un phénomène inquiétant : le décalage croissant entre certaines organisations syndicales et les travailleurs qu’elles prétendent représenter.

Le vrai sujet : la liberté des salariés

Au fond, la question est très simple. Pourquoi empêcher quelqu’un de travailler s’il le souhaite ? Si une personne préfère profiter du 1er mai pour se reposer, elle doit évidemment pouvoir le faire. Mais si une autre préfère travailler ce jour-là pour améliorer ses revenus, pourquoi faudrait-il l’en empêcher ? Dans une société qui se veut moderne, la réponse devrait être évidente : laisser chacun décider. Mais pour certains syndicats, cette idée reste visiblement trop radicale qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. À force de vouloir protéger les salariés malgré eux, ils finissent par donner l’impression étrange de travailler… contre eux.

Laisser un commentaire