Milei, la réussite argentine qui gène l’Europe 

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Milei, la réussite argentine qui gène l’Europe  © www.nlto.fr

Pendant des mois, en Europe, Javier Milei a surtout été raconté comme un personnage extravagant, excessif, presque folklorique. La hausse initiale de la pauvreté, ses provocations, son style brutal, ses sorties à l’emporte-pièce : tout cela a été abondamment relayé. Beaucoup moins, en revanche, les résultats économiques obtenus depuis son arrivée au pouvoir. Car le cas argentin est devenu gênant. Il dérange une partie de la presse et du débat public européens parce qu’il remet en cause un imaginaire bien installé : celui selon lequel l’État dépensier, redistributeur et une société lourdement fiscalisée resterait l’horizon naturel de toute politique sérieuse et morâle.

Une expérience qui contredit le récit dominant

Au fond, ce qui trouble dans le cas Milei n’est pas seulement sa personnalité, c’est le fait que son expérience commence à produire des résultats mesurables. Lorsqu’il arrive au pouvoir, l’Argentine est déjà plongée dans une crise profonde avec notamment une inflation qui atteint 220%. Oui vous avez bien lu : 220%. Puis la désinflation s’enclenche : l’inflation annuelle est redescendue à 117,8 % en 2024, puis à 31,5 % fin 2025. En mars 2026, l’inflation mensuelle ressort encore à 3,4 % et l’inflation sur douze mois à 32,6 %, ce qui reste élevé, mais n’a plus rien à voir avec la dynamique quasi hors de contrôle du début de période. Autrement dit : le malade n’est pas guéri, mais ça va mieux.

La pauvreté a d’abord explosé, puis elle a reculé nettement

C’est ici que le traitement médiatique mérite d’être interrogé. Oui, la pauvreté a fortement augmenté dans un premier temps, et cela a été massivement commenté. En arrivant le taux de pauvreté était de 41,3%. L’INDEC a mesuré un taux de pauvreté de 52,9 % de la population au premier semestre 2024. Mais la suite du mouvement est tout aussi importante : ce taux est retombé à 38,1 % au second semestre 2024, puis à 31,6 % au premier semestre 2025, avant de descendre à 28,2 % au second semestre 2025. Ce recul est considérable. Il ne signifie pas que tout va bien pour les Argentins, ni que le choc initial n’a pas été brutal. Il signifie simplement qu’un fait s’impose : la baisse de l’inflation a fini par produire un effet social mesurable, y compris sur la pauvreté, contrairement à ce qu’annonçaient beaucoup de commentateurs et que 13% des Argentins sont sortis de la pauvreté. Que l’on aime ou pas Milei, le résultat est spectaculaire.

Le redressement budgétaire, cœur du “miracle Milei”

L’autre élément décisif, souvent ignoré volontairement en Europe, tient au rétablissement budgétaire. En 2024, l’Argentine a enregistré son premier excédent budgétaire financier en quatorze ans, à hauteur de 0,3 % du PIB, avec un excédent primaire de 1,8 % du PIB. La logique du “déficit zéro”, qui paraissait à beaucoup irréaliste ou purement rhétorique, a donc bel et bien été appliquée. Cette discipline budgétaire a ensuite été prolongée dans les projections officielles : le budget 2026 voté par le Congrès table encore sur un excédent primaire de 1,2 % du PIB. Pour une Europe habituée à justifier presque mécaniquement la dépense publique par la dépense publique, ce retour à l’équilibre constitue une objection politique embarrassante. Lorsque Milei est arrivé les économistes européens expliquaient doctement du haut de leur estrade que la politique économique était impossible à mettre en place sous peine d’un effondrement. Et bien non, les mesures ont été prises et cela fonctionne.

Le commerce extérieur et la crédibilité retrouvée

Le redressement ne se lit pas seulement dans les comptes publics. En 2024, l’Argentine a dégagé un excédent commercial record proche de 19 milliards de dollars, un signal important pour un pays régulièrement étranglé par ses contraintes extérieures. Le FMI, dans son suivi du programme argentin, projetait ensuite une croissance de 5,5 % pour 2025 avec une inflation ramenée vers 20-25 % en fin d’année, tandis que la Banque mondiale soulignait elle aussi la combinaison rare entre excédent primaire et recul rapide de l’inflation. Certes, tout n’est pas linéaire : la dernière estimation mensuelle de l’activité publiée par l’INDEC montre encore un recul de 2,1 % sur un an en février 2026. Mais précisément, c’est ce qui rend le cas Milei intéressant : malgré les à-coups, malgré les coûts sociaux, malgré les controverses, les grands agrégats se sont spectaculairement redressés. 

Pourquoi cela gêne tant en Europe

Ce que l’Europe supporte mal, ce n’est pas seulement Javier Milei ; c’est ce qu’il semble démontrer. Son cas donne du crédit à une idée jugée hérétique sur le Vieux Continent : un pays peut commencer à se relever non pas en ajoutant de nouvelles couches de redistribution financées par davantage de prélèvements, mais en restaurant la monnaie, en coupant dans la dépense, en simplifiant l’État et en rétablissant des signaux économiques de base. Cela ne signifie pas que le modèle argentin serait transposable mécaniquement à la France, à l’Italie ou à l’Espagne. Mais cela suffit à fragiliser un certain catéchisme européen, fondé sur l’idée que toute réduction franche du périmètre public serait forcément synonyme de chaos durable. Le problème, pour beaucoup de commentateurs, est que l’Argentine de Milei ne raconte plus cette histoire-là. Les mauvaises nouvelles ont été surjouées ; les bonnes ont souvent été relativisées, minimisées, ou traitées comme des anomalies provisoires. Les faits, eux, commencent à s’accumuler. 

Un soutien populaire qui ne s’est pas effondré

Autre point qui contredit les prophéties hâtives : Milei n’a pas été emporté politiquement par son programme. Il n’a pas été réélu à la présidence, car l’élection présidentielle argentine n’aura lieu qu’en 2027. En revanche, son camp a remporté une victoire nette aux élections législatives de mi-mandat d’octobre 2025, dans un scrutin largement interprété comme un référendum sur sa politique économique. Cela ne veut pas dire que sa popularité est intacte : Reuters a encore relevé en mars 2026 un recul de sa cote après le scandale crypto dit “$LIBRA”. Mais malgré ces secousses, il conserve une base électorale suffisamment solide pour continuer à gouverner et à pousser ses réformes. Là encore, le récit de l’effondrement annoncé ne colle pas complètement avec la réalité observée. 

Lire le livre de référence en français

Pour ceux qui veulent dépasser la caricature, il faut lire le livre de Michael Miguères, La révolution Milei : l’avènement d’un nouveau libéralisme mondial, paru le 9 avril 2026 chez VA Éditions. L’ouvrage est le premier essai français consacré au phénomène Milei et s’annonce déjà comme une référence utile pour comprendre non seulement l’homme, mais aussi la portée doctrinale et politique de son expérience. Dans un débat saturé de simplifications, c’est précisément le type de livre qu’il faut ouvrir avant de parler trop vite. En vente ici.

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