Santé mentale : près d’un jeune Américain sur cinq consulte désormais l’IA plutôt qu’un professionnel

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Une étude RAND publiée en juin 2026 révèle une progression spectaculaire de l’usage des intelligences artificielles conversationnelles pour obtenir des conseils en santé mentale. ChatGPT, Gemini ou encore Character.AI sont désormais sollicités par des millions d’adolescents et de jeunes adultes américains confrontés au stress, à l’anxiété ou à la détresse émotionnelle. Une évolution qui interroge autant qu’elle inquiète les spécialistes.

L’IA devient un confident pour des millions de jeunes

L’intelligence artificielle n’est plus seulement un outil scolaire ou professionnel. Aux États Unis, elle s’impose désormais comme un interlocuteur privilégié pour les questions liées à la santé mentale. Selon une étude publiée par la RAND Corporation le 1er juin 2026, 19,2 % des adolescents et jeunes adultes âgés de 12 à 21 ans déclarent avoir utilisé un chatbot d’intelligence artificielle afin d’obtenir des conseils lorsqu’ils se sentaient tristes, stressés, anxieux ou en colère. Cette proportion était de 13,1 % seulement un an plus tôt, ce qui représente une hausse de plus de 40 % en douze mois.

Les chercheurs estiment que ce chiffre correspond à environ 8,2 millions de jeunes Américains. Une donnée particulièrement frappante lorsque l’on sait que 19,8 % des jeunes interrogés déclarent également bénéficier d’un accompagnement auprès d’un professionnel de santé mentale. Autrement dit, le recours aux chatbots atteint désormais un niveau comparable à celui du suivi psychologique traditionnel.

Les plateformes citées par l’étude incluent notamment ChatGPT, Gemini, Character.AI, Meta AI ou encore My AI de Snapchat. Leur succès repose sur plusieurs facteurs : disponibilité permanente, gratuité ou faible coût, anonymat et absence de jugement perçu par les utilisateurs. Dans un contexte où les États Unis continuent de faire face à une crise de santé mentale chez les jeunes, ces outils apparaissent comme une solution immédiate pour obtenir écoute et conseils.

Ryan K. McBain, chercheur principal de l’étude, souligne que les intelligences artificielles sont désormais intégrées dans les habitudes de recherche d’aide psychologique d’une partie importante de la jeunesse américaine. Selon lui, la vitesse de progression du phénomène constitue un signal fort pour les décideurs publics et les professionnels de santé.

Une pratique largement cachée aux parents et aux professionnels

L’un des enseignements les plus préoccupants de l’étude concerne la discrétion entourant cette utilisation. Parmi les jeunes ayant recours à l’IA pour des questions de santé mentale, près de deux tiers, soit 63 %, affirment n’en avoir parlé à personne. Ni leurs parents, ni leurs proches, ni même les professionnels de santé qui les suivent ne sont informés de ces échanges avec les chatbots.

Cette absence de transparence soulève plusieurs interrogations. Les chercheurs rappellent que les conversations avec les intelligences artificielles se déroulent hors de tout cadre thérapeutique et sans supervision adulte. Les professionnels peuvent ainsi ignorer l’influence que ces outils exercent sur leurs patients, qu’elle soit positive ou négative.

L’étude révèle également que 42,8 % des utilisateurs consultent ces chatbots au moins une fois par mois pour des questions liées à leur bien être psychologique. Le recours à l’IA ne semble donc pas relever de la simple curiosité mais d’un usage régulier pour une partie importante des jeunes concernés.

Les données montrent aussi que l’utilisation est plus fréquente chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes. Elle est également plus répandue parmi les 18 à 21 ans que chez les adolescents plus jeunes. Enfin, les personnes ayant déjà discuté de leur santé mentale avec un médecin au cours des six derniers mois sont davantage susceptibles de consulter également une intelligence artificielle.

Pour Jonathan Cantor, coauteur de l’étude, cette réalité impose d’ouvrir le dialogue avec les adolescents et les jeunes adultes afin de mieux comprendre la place prise par ces technologies dans leur quotidien.

Entre sentiment d’aide et risques encore mal évalués

L’enquête met en lumière un paradoxe. Alors que les spécialistes appellent à la prudence, les utilisateurs se montrent très satisfaits de leur expérience. Plus de 91 % des jeunes ayant utilisé un chatbot pour des questions de santé mentale considèrent que les réponses obtenues ont été « plutôt utiles » ou « très utiles ».

Cependant, les chercheurs mettent en garde contre l’interprétation de ce résultat. Selon eux, le sentiment d’utilité ne garantit pas la qualité des conseils fournis. Les modèles d’intelligence artificielle sont connus pour leur tendance à adopter un ton bienveillant, à confirmer les opinions de l’utilisateur ou à chercher à le satisfaire, un phénomène parfois qualifié de « sycophantie ». Cette caractéristique peut donner l’impression d’une aide efficace sans pour autant garantir une pertinence clinique réelle.

Les experts rappellent également qu’il n’existe encore que peu de standards permettant d’évaluer la qualité des conseils psychologiques délivrés par les intelligences artificielles. Les systèmes spécifiquement conçus pour l’accompagnement thérapeutique demeurent récents et les données utilisées pour entraîner les modèles restent souvent peu transparentes.

Face à cette progression rapide, plusieurs organisations, dont l’American Psychological Association, appellent à renforcer les garde fous destinés à protéger les adolescents. Les recommandations portent notamment sur la transparence des systèmes, l’éducation numérique des jeunes utilisateurs et la mise en place de mécanismes permettant d’orienter les personnes en détresse vers des professionnels qualifiés lorsque cela est nécessaire.

L’étude RAND illustre finalement une transformation profonde des comportements. En quelques années seulement, les intelligences artificielles conversationnelles sont devenues des acteurs à part entière de l’écosystème de soutien psychologique des jeunes générations. Une évolution qui ouvre des perspectives inédites mais qui pose également de nombreuses questions sur la sécurité, la fiabilité et la place que ces outils doivent occuper dans la prise en charge de la santé mentale.

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