Retraite : pourquoi la désindexation est une fausse bonne idée

L’Institut des politiques publiques dévoile une analyse comparative des trois mesures envisagées pour faire contribuer les retraités au redressement budgétaire. Si la désindexation des pensions rapporterait 5,2 milliards d’euros, elle pèserait davantage sur les ménages modestes, contrairement à la suppression de l’abattement fiscal ou à l’alignement de la CSG.

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Retraite : pourquoi la désindexation est une fausse bonne idée © www.nlto.fr

Le gouvernement Lecornu prévoit de présenter son budget pour 2027 dans un climat de fortes tensions financières. Avec un déficit public atteignant 5,9 % du PIB et une dette projetée à 130,5 % du PIB d’ici 2030, il cherche à économiser entre 20 et 25 milliards d’euros annuellement. Les retraites, qui représentent le premier poste de dépense publique, sont particulièrement ciblées. Trois mesures sont envisagées : geler les pensions, supprimer l’abattement fiscal de 10 %, ou aligner les taux de CSG des retraités sur ceux des actifs. L’Institut des politiques publiques (IPP) a publié une analyse comparative de ces options, mettant en lumière des différences significatives, tant sur le plan budgétaire que redistributif.

Les résultats de l’IPP, basés sur le modèle de microsimulation TAXIPP, révèlent que chaque mesure a des impacts distincts. Certaines sont plus rentables, d’autres affectent davantage les ménages modestes. L’étude précise les rendements nets en tenant compte des effets de second tour sur les recettes et dépenses publiques, remettant en question plusieurs idées reçues.

Rendements budgétaires : la suppression de l’abattement en tête

La suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions pourrait rapporter 5,4 milliards d’euros, grâce à l’augmentation des recettes fiscales (5 milliards) et à une réduction des aides au logement (0,4 milliard), l’abattement étant pris en compte dans le calcul de ces aides. En revanche, la désindexation complète des retraites, qui prévoit un gel face à une inflation de 2,5 % en 2026, pourrait générer 6,6 milliards d’économies pour les régimes de retraite. Cependant, son rendement net pour les finances publiques ne serait que de 5,2 milliards d’euros, en raison de l’impact sur les recettes fiscales et les dépenses sociales. L’alignement des taux de CSG à 9,2 % générerait 4,2 milliards d’euros, mais l’effet secondaire de la déductibilité de la CSG réduit ce gain d’environ 0,6 milliard.

Impact redistributif : la désindexation frappe d’abord les modestes

Au-delà du rendement budgétaire, la répartition de l’effort entre les retraités varie selon les mesures. La suppression de l’abattement est globalement progressive : les pertes augmentent avec le niveau de vie, mais les ménages modestes subissent une baisse des aides au logement. La désindexation complète est anti-redistributive, les pertes étant plus importantes pour les ménages modestes. L’alignement de la CSG affecte surtout les classes moyennes, les extrêmes de la distribution étant relativement épargnés.

Désindexation différenciée : arbitrage délicat entre rendement et équité

Face à l’impact anti-redistributif de la désindexation complète, des variantes sont étudiées, épargnant les petites retraites. Trois scénarios ont été simulés par l’IPP : désindexation au-delà de 1 639, 2 000 ou 3 000 euros de pension. Le rendement budgétaire diminue avec le seuil, mais l’effet redistributif s’améliore partiellement. La désindexation différenciée pose toutefois des questions sur le principe contributif des retraites.

À économie identique, des profils redistributifs radicalement opposés

L’IPP a comparé les profils redistributifs en calibrant trois scénarios pour réaliser une économie identique de 1,5 milliard d’euros. L’alignement du taux plein de CSG, une sous-indexation des pensions supérieures à la médiane, et un abaissement du plafond de l’abattement ont été testés. Les deux premiers instruments affectent principalement les ménages plus aisés, tandis que la sous-indexation touche aussi les ménages modestes.

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