Six mois après le début des tensions entre les États-Unis et l’Iran, la crise énergétique mondiale s’aggrave. QatarEnergy, deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avant le conflit, prolonge la force majeure sur ses livraisons. Les clients européens et asiatiques devront attendre jusqu’à fin novembre, voire début décembre pour certains contrats italiens, avant de recevoir leurs cargaisons. Alors que l’hiver approche, les stocks européens peinent à se reconstituer, rendant cette décision lourde de conséquences.
L’information, révélée le 28 septembre par des sources proches du dossier et confirmée par Edison, marque un tournant dans cette crise débutée en avril. Le blocage quasi-total du détroit d’Ormuz, passage crucial pour les exportations qataries avant la guerre, paralyse désormais l’approvisionnement mondial en GNL. De Dacca à Berlin, les répercussions se font sentir.
Le détroit d’Ormuz, un obstacle majeur pour le GNL qatari
Le conflit entre Washington et Téhéran, déclenché au printemps, a transformé le détroit d’Ormuz, passage maritime vital pour le commerce mondial de pétrole et de GNL, en un cul-de-sac pour les exportateurs qataris. Contrairement au pétrole, le GNL ne se prête pas facilement aux transbordements navire à navire, nécessaires pour contourner le blocus. La complexité et les risques de ces manœuvres laissent le Qatar dans une impasse.
Les chiffres sont éloquents. Jusqu’à fin août 2026, le Qatar n’a exporté que 18 cargaisons de GNL, contre 509 l’année précédente, soit une chute de 96%. Les pertes financières s’élèvent déjà à 24 milliards de dollars, selon Reuters.
Conséquences pour les clients européens et asiatiques
La prolongation annoncée affecte de nombreux acheteurs. En Europe, Edison, filiale d’EDF, a confirmé que la force majeure s’étend jusqu’à début décembre, portant à 35 le nombre de livraisons annulées depuis avril. Edison a remplacé 23 cargaisons en se tournant vers des fournisseurs américains. Le contrat entre Edison et QatarEnergy prévoit 6,4 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit environ 10% de la consommation italienne. Sa suspension prolongée oblige l’Italie à réorganiser son approvisionnement.
En Asie, les répercussions sont également sévères. Le Bangladesh, le Pakistan et l’Inde, fortement dépendants des importations de GNL pour leur production énergétique, sont touchés par l’interruption prolongée des livraisons qataries. Ces pays disposent de marges de manœuvre limitées pour compenser les volumes manquants.
Risques d’approvisionnement pour l’hiver européen
L’hiver approchant, les réserves de gaz européennes sont préoccupantes. Si l’Italie se dit confiante quant à ses objectifs de remplissage, d’autres pays, comme l’Allemagne, peinent à reconstituer leurs stocks. Fin septembre, les réservoirs allemands affichaient un taux de remplissage de 57%, un niveau jugé insuffisant par les experts.
La raréfaction de l’offre qatarie fait grimper les prix du gaz en Europe. L’impasse diplomatique entre Washington et Téhéran sur le détroit d’Ormuz exacerbe la situation. Européens et Asiatiques se livrent une concurrence féroce pour capter les volumes disponibles, principalement en provenance des États-Unis, d’Australie et d’Afrique. Les exportateurs américains de GNL en profitent, redirigeant une partie de leur production vers l’Europe.








