August Hanning, ancien directeur du BND, et son complice Manfred D. sont arrêtés pour espionnage et trahison. Pendant seize ans, ils ont vendu près de 2.000 documents classifiés à des services étrangers, notamment azerbaïdjanais, contre rémunération. Un scandale d’État qui révèle les failles du renseignement allemand.
De maître-espion à marchand de secrets
Le 6 octobre 2026, August Hanning, 80 ans, ex-directeur du renseignement extérieur allemand (BND) et ancien secrétaire d’État à l’Intérieur, a été arrêté par le parquet fédéral allemand. À ses côtés, Manfred D., son ancien directeur de cabinet au BND jusqu’en mars 2026, est également appréhendé. Tous deux sont soupçonnés d’avoir orchestré pendant plus de dix ans la vente massive de documents classifiés à des services étrangers, dont ceux de l’Azerbaïdjan, en échange de rémunérations. Près de 2 000 documents secrets auraient ainsi circulé entre leurs mains. Désormais consultant privé, Hanning a pu monnayer l’accès aux secrets d’État sans alerter les autorités pendant seize ans, laissant l’Allemagne stupéfaite.
Un pacte secret dès 2010
Les autorités fédérales indiquent que l’affaire remonte au printemps 2010. Hanning, ayant quitté ses fonctions officielles depuis cinq ans, se lance dans le conseil privé en sécurité. Manfred D. demeure au BND en tant que directeur de cabinet, une position stratégique lui donnant accès à des informations sensibles. Ensemble, ils concluent un accord : Manfred D. transmet régulièrement à Hanning des informations classifiées, que ce dernier revend à des clients, dont certains sont des services de renseignement étrangers. Selon WirtschaftsWoche, environ 2 000 documents, souvent classés « secret défense », ont été transmis entre 2010 et 2022.
L’Azerbaïdjan, un client inattendu
Une analyse stratégique rédigée par Hanning pour un agent du renseignement azerbaïdjanais a été découverte lors de l’enquête. Selon Berliner Morgenpost, les enquêteurs cherchent à savoir si ce document est parvenu à son destinataire. Le parquet confirme qu’Hanning entretenait des relations étroites avec un représentant d’un autre service de renseignement. L’Azerbaïdjan, riche en hydrocarbures et dirigé par Ilham Aliyev, s’efforce de renforcer son influence régionale, notamment face à l’Arménie. Les renseignements du BND sur le nucléaire iranien ou l’armée russe seraient d’un grand intérêt pour Bakou. Cependant, le parquet précise que Moscou ne serait pas impliqué, bien que Berlin renforce sa sécurité contre les menaces russes depuis l’invasion de l’Ukraine.
Espionnage et trahison
August Hanning et Manfred D. sont accusés d’espionnage, de trahison et d’activités d’agent pour un service de renseignement étranger. Tous deux ont été arrêtés en Rhénanie et en Bavière, et Manfred D. est en détention provisoire. Pendant douze ans, Hanning a pu exploiter un réseau interne pour accéder aux secrets d’État les plus sensibles. Des informations sur le nucléaire iranien, l’armée russe et d’autres sujets stratégiques ont été compromises. Les failles dans les systèmes de renseignement ne sont pas propres à l’Allemagne, les États-Unis ayant connu des incidents similaires.
L’affaire Block, élément déclencheur
Paradoxalement, l’affaire Hanning a été révélée grâce à une enquête sur un autre dossier. En 2022, Christina Block, héritière d’une chaîne de restaurants, est soupçonnée d’avoir organisé l’enlèvement de ses enfants. Hanning et un ancien responsable de la police de Hambourg, devenus consultants, auraient accepté le contrat. Les perquisitions dans cette affaire ont conduit à la découverte de documents compromettants chez Hanning, donnant naissance au dossier d’espionnage actuel, comme le souligne le Tagesanzeiger.
Exigence de transparence
L’affaire a provoqué une onde de choc politique à Berlin. Martin Jäger, directeur du BND, affirme qu’il ne fera « aucun compromis » sur la sécurité interne, tandis que Marc Henrichmann, député CDU, déclare que toute trahison sera découverte. Konstantin von Notz (Les Verts) exige une évaluation complète des dégâts et critique le passage vers le secteur privé de responsables détenant des secrets d’État. Il dénonce une « évolution extrêmement problématique », qui ouvre la porte aux services de renseignement adverses.
Le pantouflage en question
L’affaire Hanning met en lumière le problème du pantouflage, c’est-à-dire le passage d’anciens responsables du renseignement vers le secteur privé sans garde-fous. Après sa retraite du BND, Hanning est devenu consultant en sécurité, monnayant son expertise. Grâce à Manfred D., il a eu accès à des secrets d’État sur une longue période, sans détection par les contre-mesures du BND.








