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Coronavirus : les villes restent en première ligne




15 Juin 2020


Touchée en plein cœur par la Covid-19, la France ne fait qu’entrer dans une forte période de turbulences où la menace sanitaire plane sur une économie en grande souffrance. L’incertitude pèse sur tous et comme toujours lorsque la crise frappe, c’est vers l’échelon local que se tournent les Français. Les villes et leur maire sont des points de repère même si les plus grandes agglomérations sont encore le lieu d’une campagne des municipales pour le moins atypique où la gestion de la crise est utilisée par de nombreux candidats comme argument électoral.
 
Prime aux sortants  aux municipales
 
Prime au sortant ! Il n’est pas aisé de pendre la place d’un maire quelle que soit la taille de la commune. Cela est encore plus vrai en 2020 où le premier tour des municipales a été marqué par une forte abstention (55,4 %) au niveau national. Pour les près de 5 000 communes appelées à voter le 28 juin prochain, les maires sortants sont plus que jamais en position de force avec une campagne des municipales désormais centrée sur la gestion de la crise.
 
A Paris, Anne Hidalgo communique avec force depuis le début du confinement et s’est même prêtée à l’exercice de la polémique avec le gouvernement notamment au sujet de l’ouverture des parcs et jardins désormais ouverts. Une position défendue par la grande majorité des Parisiens privés d’espaces verts pendant trois mois et qui ne peut que profiter à la maire sortante. Le score du premier tour (30,2 %) ne laisse que peu de place au suspens tout comme à Nice où le maire sortant, Christian Estrosi a raté de peu l’élection dès le premier tour (47,62 %). Depuis, le maire de Nice a fait de la distribution et du port masque, son cheval de bataille avec un écho national certain.
 
Ce type de stratégie pourrait bien porter ses fruits le 28 juin. Les habitants des grandes villes se sont pour beaucoup sentis délaissés par un Etat en pleine crise de contradictions et les maires ont naturellement remplis le vide. Plus proche de leurs administrés, ils ont organisé concrètement la riposte contre la Covid-19 en allant bien plus vite et plus loin parfois que les injonctions du Gouvernement. De l’approvisionnement en masques, à l’assurance des services publics les plus indispensables, les maires ont été sur tous les fronts.
 
Les maires s’apprêtent à affronter la tempête économico-sociale
 
Un activisme souvent discret, mais certainement efficace comme à Troyes où les Ehpad ont été vidés le plus possible avant même le confinement afin d’éviter de créer des foyers mortels à leurs pensionnaires à la santé souvent fragile. Une politique efficace alors qu’un nouveau foyer dans un Ehpad de Pont-Sainte-Marie (Aube) a été découvert il y a quelques jours. A Troyes, la distribution de masques n’a souffert d’aucune polémique (masques inutilisables, calendrier sans cesse repoussé, etc.) donnant raison à François Baroin lorsqu’il déclare « être d’abord maire » et devoir être « auprès de mes administrés dans une zone qui a été très touchée (...) Il a fallu essayer de rassurer, d'être au plus près des administrés (...) J'ai été plutôt dans l'action, je ne voyais pas bien l'intérêt de courir les médias en boucle ». N’est-ce pas d’ailleurs la quintessence de la fonction de Maire de se soucier de faire avant de faire savoir ? Dans une période d’urgence vitale comme celle du Corona Virus l’exemple de Troyes nous montre bien que le bon sens de terrain, la proximité, et la capacité à prendre des décisions sont des atouts essentiels pour faire face à une crise. Notre État Jacobin devrait s’en souvenir plus souvent !
 
Cette politique a été celle de milliers de maires en France et l’est toujours en raison de la nouvelle vague – économique – qui déferle déjà. L’aide aux entreprises et aux salariés est plus difficile encore à mettre en place, car les marges de manœuvre des municipalités sont réduites en la matière, mais les conséquences sociales bien visibles sur le territoire.
 
Pôle Emploi a enregistré une hausse de 22,6 % du chômage rien qu’au mois d’avril, soit une augmentation de 840 000 chômeurs par rapport au mois précédent. La première vague est extraordinairement douloureuse et d’autres plus importantes encore sont à venir.
 
Les maires sont donc face à un tsunami d’une violence extrême et leur présence sur le terrain et leur flexibilité sont plus que jamais indispensables aux Français. La tempête souffle déjà fort et les maires vont garder longtemps leur rôle de phare et de bouée de sauvetage.