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Dépression empirique





Le récit que le journaliste et éditeur Guy Birenbaum sort aux Arènes le mois prochain, est si dense qu’il mérite bien d’être abordé sous un nouvel angle. Si la surconsommation d’Internet a mené le polémiste dans le mur, « Vous m’avez manqué » est aussi et surtout l’histoire d’une dépression. D’ailleurs, elle est sous-titrée « Histoire d’une dépression française. »


Dépression empirique
« Je tweete, je facebooke, je blogue, j’instagrame. Je me crois fort. Plus fort que les autres. Je fanfaronne. J’ai tort. Tout est en place pour la grande glissade. » Dans son récit lucide et profil bas, le journaliste Guy Birenbaum raconte sa chute 2.0. Il tente de comprendre pourquoi, lui qui vivait à 500 à l’heure, matinale à la radio le matin, émission de télévision le soir, 7 kilomètres de footing chaque jour, pas ou peu de vacances, s’est écroulé. L’accent est mis sur l’excès d’Internet, le basculement progressif dans un monde virtuel : c’est parfois plus facile de voir la vie à travers le cadre chiadé d’Instagram, de discuter avec des inconnus qui commentent un blog qu’avec les propres membres de sa famille, de penser en 140 signes. « C’est désormais en 140 signes (…) que s’écrit la vie de ceux qui croient compter et qui se parlent entre eux. », dit-il. La bonne fuite en avant.
 
À le lire, et on le croit, c’est l’omniprésence d’Internet, son usage sans nuance et la violence qui se dégage des rapports entre les internautes qui ont conduit le journaliste a s’effondrer. Violence, d’ailleurs, il ne reconnaît, à laquelle il a largement participé en « bashant », en ayant un avis sur tout et en taillant costards sur costards. Pour Guy Birenbaum, « Le Web, démultiplicateur de nos engouements, de nos colères et de nos douleurs, tourne sur lui-même à une vitesse qui abrutit et saoule. Le « temps réel » y est devenue l’unité de mesure principale, qui contamine les autres médias, désormais calés sur ce rythme infernal. Une accélération qui pompe nos neurones et génère des addictions dangereuses. »
 
L’addiction est bien là. Mais le récit de Guy Birenbaum est aussi, pour ne pas dire, avant tout, celui d’une dépression. Sa dépression. L’hyperconnexion laisse finalement assez vite la place à un vide sidéral, raconté à la manière d’un journal, même si les entrées ne sont pas des dates mais des mots-clés : toboggan, disparition, rideaux… L’homme qui contrôlait tout, fan absolu de quantified self, ne contrôle plus rien. Incapable de se lever, rampant jusqu’à sa douche. Il est paralysé. De peur, d’effroi. Il fait des lapsus : la Fiat de sa femme Géraldine devient la fuite, la baguette de tradition, trahison. Son passé le rattrape même s’il a voulu lui échapper en plongeant tête baissée dans un monde qui n’est pas réel. Au pied du mur, il sera sauvé par la psychanalyse, le moment sans doute où enfin dans la vie, on arrête de se mentir. Le voilà face à lui-même et à une femme pleine d’abnégation. Elle a su le sortir du Web, comme on dit, sortir de la drogue ou d'une secte.

Vous m’avez manqué, Guy Birenbaum, (Les Arènes).