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Dialogue entre l’art contemporain et l’architecture : Interconstruction est le mécène de l’exposition Clouzot





Du 17 novembre au 12 janvier 2018 a lieu l’exposition « Clouzot et les arts plastiques, une suite contemporaine » à la Topographie de l’art. A cette occasion, différents artistes évoqueront les thèmes chers au cinéaste au travers de leurs œuvres. Promoteur immobilier francilien et implanté sur l’arc atlantique, Interconstruction est le mécène de cette exposition. Interconstruction s’est de longue date engagé en faveur de l’art, notamment via l’intégration systématique d’œuvres d’arts à ses réalisations. Dans ce contexte, Marc Villand, PDG d’Interconstruction nous en dit plus sur sa conception du dialogue entre architecture et art contemporain.


Que représente pour vous l’œuvre d’Henri Georges Clouzot ?

Marc Villand : L’œuvre d’Henri Georges Clouzot, c’est une époque qui commence à l’après-guerre et qui continue tout le long des trente glorieuses. C’est un vocabulaire, il suffit de se reporter au « Quai des Orfèvres ». C’est aussi une finesse de prise de vue, une finesse psychologique, un film qui ressemble un peu à un livre. Enfin, c’est une modernité intemporelle. Dans « La vérité » par exemple, les rapports hommes femmes sont traités à travers une intrigue, un meurtre et un procès mais le sujet traverse totalement son époque. En effet, il est question de la libération de la femme, de l’hypocrisie des hommes et du poids des usages, du poids social sur les femmes.

Je pense que c’est une œuvre cinématographique unique qui, d’une certaine façon, concerne directement les promoteurs immobiliers, et notamment le groupe Interconstruction, car elle est dans l’intensité et dans la représentation du vivant. Or, pour bien construire nous devons nous imprégner obligatoirement de l’esprit des lieux et des sites, pour pouvoir le transposer et importer une nouvelle dynamique. Par ailleurs nous souhaitons montrer que nous nous intéressons à tout type d’art, le 7eme art compris puisqu’il est porteur d’une vision contemporaine comme d’intemporalité.

Quelles ont été les motivations à l’origine de ce partenariat ? Que traduit cet engagement ?

MV : Nous avons la particularité d’intégrer systématiquement des peintures, des sculptures, ou des photographies dans nos bâtiments. Nous souhaitons faire vivre l’art dans nos constructions mais le cinéma est le grand absent. Participer à cet évènement autour d’Henri Georges Clouzot et de l’art contemporain est un moyen d’intégrer le 7ème art dans la chaîne du logement et de la promotion immobilière, au sein desquelles il est absent.

De la même façon, les artistes qui travaillent autour de Clouzot et de son art, interrogent le film comme ils peuvent interroger l’architecture à travers les œuvres qu’ils intègrent dans nos bâtiments.

Henri Georges Clouzot est connu pour son exigence esthétique et sa recherche de la beauté formelle. L’esthétique et la beauté sont-elles des notions usuelles en promotion immobilière ?

MV : Henri Georges Clouzot est très attaché à l’esthétisme, on le voit d’ailleurs approcher de la folie en raison de cette recherche absolue. La première valeur d’un bâtiment doit aussi être l’esthétisme. C’est une notion qui a été oubliée dans les années 60 à 70 pour lui préférer la fonctionnalité et la production de masse. Aujourd’hui cette notion revient en force aux côtés de celle de pérennité du bâtiment. Désormais, les barres d’immeubles sont vouées à la démolition mais on conservera les bâtiments haussmanniens, les immeubles de Gaudi, ainsi que les immeubles présentant des innovations architecturales. Le premier critère de développement durable doit toujours être la beauté car c’est ce qui reste, et ce qu’on ne détruit pas.

Vous intégrez une œuvre dans chacune de vos réalisations ; l’art doit il sortir des musées et des expositions selon vous ? L’art au quotidien, n’est-ce pas pendre le risque de le banaliser ?

MV : Les musées permettent d’attirer les gens et peuvent servir d’outils pédagogiques pour qu’ils adhèrent à l’art, qu’ils le partagent et que, dans tous les aspects de leur vie, il y ait une approche artistique. Mais l’art ne doit pas y être confiné. Dans l’antiquité et au Moyen-âge, l’art s’inscrivait d’abord dans les lieux publics comme les forums ou les églises, et dans les lieux à la portée de tous, il détenait bien cette vertu pédagogique. Il nous apparaît donc tout à fait naturel que l’art entre dans ces lieux publics et privés que sont les bâtiments.

Concernant la banalisation de l’art, je ne crois pas que ce soit un problème. Si tout le monde y avait accès, il y aurait sans doute beaucoup moins d’erreurs d’urbanisme, et nombre de problématiques sociales liées à l’habitat ne se seraient sans doute pas posées. En prolongeant le raisonnement, l’art totalement banalisé est une décoration, et cette dernière n’est rien d’autre qu’un agrément essentiel des bâtiments et de la vie qui s’y déroule.

Privilégiez-vous une forme d’art en particulier pour l’intégration d’œuvres dans le bâtiment ?

MV : Non, pour nous la peinture et la sculpture sont des compléments indispensables à l’originalité du bâtiment. Nous insérons également des photographies, dans les halls, nous avons essayé la vidéo avec des signes lumineux dans les parkings, ou avec un écran sur les paliers d’ascenseur avec un artiste qui y incrémentait ses dessins. Pour la vidéo c’est encore un peu expérimental, mais je pense que cela va vraiment se développer dans les années à venir. Dans l’exposition Clouzot, il y a d’ailleurs une artiste qui présente une œuvre en réalité virtuelle qui est absolument exceptionnelle

Comment choisissez-vous les artistes qui réalisent les œuvres dans vos constructions ?

MV : Nous souhaitons que cela soit un choix de rencontre, éclectique et œcuménique. Nous avons beaucoup d’estime pour le travail que font les galeries et nous avons d’ailleurs des partenariats avec certaines d’elles. Cependant, nous nous méfions des engouements étatiques comme privés au travers des agents d’artistes. Il y a de très nombreux artistes en région parisienne et il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir aux jeunes talents. Nous ne voulons pas rester dans un choix fermé, institutionnel ou institué, qui, bien sûr, trouve la reconnaissance des milieux de décisions et des milieux de pouvoir, mais qui est surtout un cheval de Troie. Par ailleurs, je pense que l’on rate ainsi la vraie vocation de l’œuvre et du partenariat entre le privé et les artistes pour en faire un instrument politique. Notre choix est ouvert, chaque artiste peut venir nous voir. Nous les rencontrons même quand nous ne sommes pas totalement séduits, parce que nous avons à cœur d’échanger avec tout le monde.

Selon vous, quelles possibilités reste-t-il à l’artiste, au sens large, en architecture, dans un contexte de standardisation de la construction et de pression sur les coûts ?

MV : Si les techniques sont standardisées aujourd’hui, ce n’est pas le cas des bâtiments, qui le sont de moins en moins. En effet, il faut s’adapter à l’architecture existante, au terrain et au nombre croissant de contraintes de la ville. Géométriquement et pratiquement, cela empêche la standardisation.

Si au contraire il y a une standardisation des méthodes de production, voire parfois des matériaux, nous sommes présents pour la rompre. A Rocquencourt par exemple, nous avons un programme de 72 logements mais il n’y en a pas deux identiques. Ainsi, soit l’art entre en résonance avec cette originalité, soit il apporte une touche supplémentaire d’originalité. 


"Imaginée à partir des collections de la Cinémathèque française, l'exposition Le mystère Clouzot, organisée dans la Galerie des donateurs du Musée, revient sur l'itinéraire de ce « chercheur d'absolu », réalisateur des Diaboliques, du Salaire de la peur, du Mystère Picasso... Elle met en évidence un Clouzot souvent inattendu grâce à un parcours composé de maquettes de décors, storyboards, costumes, affiches, photos de tournages ainsi que des photos d'art méconnues, prises par Clouzot lui-même. Une rétrospective des films de ce grand nom du cinéma français classique accompagne l'événement." Du 8 novembre 2017 au 29 juillet 2018.

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