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Le droit à la déconnexion





Un des volets du projet de loi Travail touche à l’hyperconnexion et au droit, pour le salarié, de déconnecter. Dans les faits, les mails professionnels continuent de tomber après le bureau, notamment via les smartphones.


Le droit à la déconnexion
74 % des cadres français disent consulter leurs emails professionnels en dehors des heures de bureau. Cette hyperconnexion est dans la ligne de mire du gouvernement. Dans son projet de loi Travail, l’instauration d’un droit à la déconnexion est âprement discutée. Il s’agit de réglementer, de contrôler, voire de normaliser cette pratique devenue de plus en plus envahissante. Très justement, Le Monde se pose la question : « Mails, téléphones professionnels… Y a-t-il une vie après le travail ? »
 
Le début de la fin ? Le moment T où les mails professionnels ont commencé à arriver sur les mobiles. Ainsi, la journaliste Céline Mordant rapporte les propos de Florence, cadre de 45 ans : « Au début c’est ludique… on peut travailler où on veut, quand on veut. » Mais Florence, comme d’autres, s’est mise à relever ses emails « au milieu de la nuit quand, en regardant l’heure sur son iPhone, son doigt fait un petit détour sur l’icône courrier. » Si Florence précise, « ce n’est pas une exigence de l’entreprise », il y a malgré tout de quoi se poser la question sur « la façon dont on accepte que le téléphone rentre dans sa propre vie. »

Ainsi, la frontière des genres, entre vie privée et professionnelle devient de plus en plus ténue, voire inexistante. Brice, 45, cadre dirigeant dans la banque assume : « tout le monde fait deux choses en même temps. » Interrogé par Le Monde, il explique qu'au travail, « il veut rester joignable si (la) nounou est en retard ou (sa) femme bloquée dans le RER et en échange, en vacances, il continue de consulter ses mails du boulot 10 minutes par jour dans les toilettes. »
 
Évidemment, rien n’est fixé, et chacun gère comme faire se peut ses « propres règles de connexion », entre ses convictions perso ou la pression de sa boîte. Comme de plus en plus, victime du syndrome de submersion, soit submergé par des dizaines de mails chaque jour, Stéphane, 42 ans, a choisi de ne pas y avoir accès sur son téléphone personnel. « Salarié dans une petite entreprise de marketing, son choix de compartimenter n’a pas causé de problème avec sa hiérarchie », il explique au Monde : « Je ne suis pas chirurgien ou responsable d’une centrale nucléaire… si j’ai un mail, ma réponse peut attendre quelques heures. »
 
Tout le monde n’agit pas de la sorte. Et c’est souvent de l’entourage proche que vient la mise en garde ou le rappel des limites. Ainsi, Florence confie : « mon mari a été un excellent garde-fou. » Pour Raphaël, 26 ans, consultant parisien, c’est plus compliqué. S’il accepte de laisser tomber « son portable chez ses parents, lors des déjeuners en famille. Il a bien tenté de l’abandonner dans l’entrée de son appartement pour arrêter de le regarder le soir au lit avec sa copine, mais il n’a pas renouvelé l’expérience », trop accroc dit-il. Pourtant, des entreprises établissent des chartes. Par exemple ? L’interdiction « d’envoyer des mails entre 20 heures et 8 heures. » Un petit pas vers le droit à la déconnexion ? Oui, mais entre le choix et l’obligation, il est de plus en plus urgent de réguler. Et de préférence, dans un cadre clair.