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Roms, les origines d'une intox qui tourne en lynchage




28 Mars 2019

Des groupes en colère de Seine-Saint-Denis se sont rués sur des camps de Roms pour des expéditions punitives. Une réaction violente et inattendue qui a été causée par une rumeur alimentée par un fait divers datant de 2014.


Creative Commons - Pixabay
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Difficile de savoir si la rumeur est la création de personnes malintentionnées ou le fruit d’une surenchère. Plusieurs groupes se sont attaqués à des camps de Roms en Seine-Saint-Denis à cause d’une rumeur de trafic d’enfants qui est née sur internet. « Cette fois-ci, tout a commencé le 17 mars. Publiée sur Facebook, une vidéo montre une camionnette blanche attaquée, à Colombes dans les Hautes-de-Seine, par plusieurs personnes qui pensent que les deux occupants ont tenté de kidnapper des enfants, à Nanterre dans le même département. Une femme avait en effet trouvé le comportement de la camionnette suspect et avait alerté son entourage » raconte La Dépêche.

Comme souvent, la rumeur est née du mélange de vraies informations ou images décontextualisées et d’affabulations. « Cette vidéo, très partagée, est vue plusieurs centaines de milliers de fois. Le message qui l’accompagne parle de trafic d’enfants et met en garde les parents. Deuxième étage de la fusée rumeur : le partage sur les réseaux sociaux d’anciens articles parus à l’automne 2014 sur différents sites d’information. Là encore il s’agit d’une histoire de tentatives d’enlèvements d’enfants à la sortie d’écoles et d’un collège à Rosny-sur-Bois, en Seine-Saint-Denis. Plusieurs faits sont rapportés par des témoins et l’un d’entre eux parle d’un homme qui se serait approché d’une collégienne de 11 ans et lui aurait saisi le bras » continue le journal local.

En utilisant des articles de presse vieux de cinq ans et en se fiant à des commentaires faussement informés, la rumeur a été suffisamment prise au sérieux pour motiver des personnes à passer à l’action. « Le bouche-à-oreille du 21e siècle a fait le reste. Chacun relaie l’information sur son compte Facebook, Snapchat, WhatsApp ou Twitter en rajoutant parfois un nouvel élément rapporté par l’ami d’un ami. Et la folle rumeur s’emballe, malgré les communiqués officiels de la police et des élus locaux ainsi que les articles de la presse qui expliquent que ces enlèvements d’enfants par des Roms en Seine-Saint-Denis sont de fausses rumeurs » commente La Dépêche.