Agriculture : la souveraineté alimentaire française menacée par l’exportation

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Malgré son potentiel nourricier, la souveraineté alimentaire de la France est en péril. Le dernier rapport de Terre de Liens, publié en février 2025, dénonce le modèle sur lequel repose l’agriculture française : la France exporte sa production agricole, mais importe de plus en plus pour remplir ses propres assiettes.

Produire pour exporter, mais importer pour se nourrir

La France se présente comme une puissance agricole mondiale. Sixième exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, elle mobilise 12,4 millions d’hectares uniquement pour l’exportation, soit près de la moitié (43 %) de sa surface agricole utile (SAU) qui s’élève à 28 millions d’hectares. Pendant ce temps, l’Hexagone importe massivement des produits qu’elle pourrait produire localement.

L’exemple du lait illustre parfaitement cette absurdité. Un quart du lait français est exporté sous forme de poudre ou de produits laitiers transformés, tandis que la France importe 5 milliards de litres pour l’industrie agroalimentaire. Même paradoxe pour les céréales : avec une capacité de production équivalente à 148 % de ses besoins, la France exporte 75 % de son blé, et alors même qu’un tiers de celui transformé en France sert à l’alimentation animale.

Comme le souligne le rapport de Terre de Liens, les importations alimentaires ont doublé en vingt ans. Aujourd’hui, un tiers des fruits et légumes consommés en France sont importés, tout comme 25 % de la viande porcine et de la volaille, ou encore 40% du beurre. Cette dépendance croissante aux marchés extérieurs fragilise la capacité du pays à assurer son autonomie alimentaire et place les consommateurs à la merci des fluctuations internationales.

Vers une sur-industrialisation de la filière

La spécialisation et l’industrialisation de l’agriculture française expliquent cette situation. Depuis plusieurs décennies, soit depuis la PAC (1962) la France privilégie un modèle tourné vers l’exportation et l’agro-industrie qui favorise les grandes exploitations au détriment d’une agriculture locale diversifiée.

Aujourd’hui, 35 % des exploitations ne produisent plus qu’une seule culture, contre 19 % en 1990. Quatre productions dominent : blé, maïs, colza et orge, occupant 55 % des terres arables. Cette concentration favorise la rentabilité à court terme, mais affaiblit la résilience du secteur face aux crises climatiques et économiques.

Comme le rappelle le rapport, la PAC a prévu une enveloppe de 53,7 milliards d’euros pour la période 2023-2027. Mais Terre de Liens reste très critique à l’égard de ces aides qui « profitent aux industriels plus qu’aux agriculteurs ». Résultat : le modèle productiviste se renforce, et les agriculteurs eux-mêmes deviennent dépendants des importations, notamment en ce qui concerne certaines matières essentielles pour leur production.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, la France importe 8,5 millions de tonnes d’engrais, en grande partie en provenance de Russie et du Maroc, et 4 millions de tonnes de soja pour l’alimentation animale, notamment d’Amérique du Sud. Ce modèle, censé garantir la compétitivité, crée au contraire une dépendance structurelle de l’agriculture française, ce qui, in fine, l’éloigne chaque jour un peu plus de sa souveraineté alimentaire.

Danger pour l’avenir de l’agriculture française

Au-delà de l’organisation de la production, l’avenir des terres agricoles françaises est un enjeu stratégique. D’ici 2035, 150 000 agriculteurs prendront leur retraite, ce qui signifie que 10 millions d’hectares seront à redistribuer, a à plusieurs reprises alerté Bruno Keller, président de la Fédération de la Propriété Privée Rurale : « Si rien n’est fait, c’est la porte ouverte au rachat de terres agricoles françaises par des investisseurs étrangers ou à l’abandon des terres et de l’environnement. »

Face à cette menace, Terre de Liens appelle à une réorientation massive de la politique agricole. Ses recommandations sont claires :

  • Encadrer les rachats de terres pour empêcher la spéculation foncière.
  • Soutenir les nouvelles installations agricoles pour développer une agriculture locale.
  • Revoir la PAC afin qu’elle finance les exploitations nourrissant d’abord la population française.

Aujourd’hui, le gouvernement prône la compétitivité à l’international et laisse les logiques de marché guider la répartition des terres et des ressources. L’agriculture française continuera-t-elle à produire pour l’exportation, au risque de sacrifier son indépendance alimentaire ? Le moment est venu de trancher.

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