Réforme de l’audiovisuel : France Médias, le pari risqué de Rachida Dati

Le projet semblait enterré. Il revient sur la table, plus clivant que jamais. Derrière le mot “holding”, une transformation radicale de l’audiovisuel français se prépare. Et c’est Rachida Dati qui monte au front.

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La réforme de l’audiovisuel entre en scène

Les 30 juin et 1er juillet 2025, Rachida Dati, ministre de la Culture, va défendre devant l’Assemblée nationale une proposition de loi ambitieuse sur l’audiovisuel public. Le texte n’est pas nouveau : il émane du Sénat et a été porté initialement par le centriste Laurent Lafon. Il vise à regrouper France Télévisions, Radio France et l’INA sous une seule entité, France Médias, une société nationale de pilotage stratégique. Ce dispositif ne prévoit pas de fusion des antennes, mais une direction unifiée, inspirée de l’organisation de la BBC au Royaume-Uni.

Ce regroupement structurel est présenté comme une réponse aux bouleversements numériques. Le texte entend renforcer la cohérence de l’offre de service public, optimiser les coûts et affirmer la souveraineté culturelle française face à l’hégémonie des plateformes privées comme Netflix ou Amazon Prime.

Un modèle britannique en trompe-l’œil ?

La BBC est devenue la référence affichée. Dotée d’une structure intégrée, mêlant radio, télévision et services numériques, elle fascine les réformateurs français. Pourtant, le modèle britannique n’est pas sans failles. Comme l’a rappelé Le Dauphiné Libéré dans son édition du 30 juin 2025, la BBC a perdu 30 % de son budget en une décennie et supprimé près de 2 000 postes. Ses choix éditoriaux et ses nominations sont régulièrement accusés d’être instrumentalisés par le pouvoir politique.

Le rapport Bloch commandé par le gouvernement français cite néanmoins la BBC comme modèle de transition numérique réussie. Ce paradoxe alimente le débat. Le texte porté par Dati insiste sur la nécessité de capter les publics jeunes, friands de contenus à la demande. Or, les entités françaises affichent déjà des performances notables : Radio France concentre 47 % des écoutes de podcasts selon les chiffres de Médiamétrie, et les audiences numériques de France Télévisions sont en hausse continue depuis 2023.

Une réforme technique ou politique ?

Derrière les chiffres, l’enjeu est aussi politique. En s’engageant personnellement, Rachida Dati veut frapper fort. Elle assume un projet impopulaire, contesté à gauche et critiqué au sein même de la majorité. Dans une enquête du Huffington Post publiée le 30 juin 2025, plusieurs anciens ministres de la Culture – Aurélie Filippetti, Roselyne Bachelot, Rima Abdul Malak – dénoncent une réforme “bureaucratique”, “inutile”, “floue”. Les syndicats y voient une “fusion déguisée”, un premier pas vers la privatisation, ou à tout le moins un contrôle politique accru sur les médias publics.

La ministre de la Culture répond en martelant que “l’audiovisuel public ne peut plus fonctionner en silo” et que “la souveraineté audiovisuelle passe par une gouvernance forte”.

Mais les opposants l’accusent de chercher un symbole plus qu’un projet fonctionnel. Avec les élections municipales de 2026 en ligne de mire, certains voient dans cette réforme un moyen de séduire un électorat de droite, voire d’arracher l’abstention du Rassemblement national.

Une équation budgétaire incertaine

La question des économies reste floue. Selon le ministère de la Culture, le regroupement permettrait de dégager dix millions d’euros par an. Un chiffre modeste au regard des quatre milliards d’euros de dotation annuelle versée au secteur public audiovisuel. L’argument financier peine à convaincre les syndicats et certains députés, qui soulignent que les économies pourraient surtout résulter de suppressions de postes ou de réductions de productions culturelles.

Le texte prévoit une gouvernance resserrée, avec un directoire commun, et un renforcement des missions de service public. Le rapport parlementaire n°1266, déposé à l’Assemblée nationale le 9 avril 2025, insiste sur la nécessité d’une structure de pilotage capable de répondre à la fragmentation de l’offre et à la concurrence des géants du numérique.

Un calendrier risqué

Repoussé à plusieurs reprises depuis 2024, le projet arrive dans un contexte tendu. Les syndicats annoncent une grève reconductible si le texte est adopté sans révision majeure. À gauche, certains élus promettent une obstruction parlementaire. À droite, l’accueil est plus nuancé, mais des voix s’élèvent contre une réforme jugée précipitée et mal calibrée.

Le gouvernement espère un vote avant la trêve estivale, pour donner un signal fort sur sa capacité à réformer l’audiovisuel public. Mais la bataille ne fait que commencer. La route vers une BBC à la française est encore semée d’embûches.

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