Aymeric Caron a encore fait parler de lui après les moustiques. On pensait pourtant avoir touché le fond avec ses analyses économiques de niveau CM1, mais non : il creuse, il persévère, et il finit toujours par surprendre. Sa dernière trouvaille consiste à ramener la durée légale du travail à 15 heures par semaine. Pourquoi 15 heures ? Peut-être la durée maximale pendant laquelle il peut réfléchir sans s’évanouir sur une semaine, ou peut-être son temps de travail personnel. Selon Caron, travailler moins créerait des emplois. Oui, bien sûr. S’il faut deux personnes pour occuper un emploi ça crée de l’emploi ! Sa vision économique est d’une pureté biblique : on détruit, et la destruction crée un peu comme Schumpeter avec sa destruction créatrice. C’est le premier candidat de l’histoire à confondre décroissance et décomposition. Il est littéralement le seul homme capable de regarder un incendie et de dire : « Génial, de la lumière. » Avec ses 15 heures hebdomadaires, les charges salariales exploseraient, les coûts de production doubleraient et la France deviendrait instantanément un paradis… pour les délocalisations. Les usines partiront si vite qu’on entendra un souffle d’air. Les emplois fileront en Pologne, au Maroc, au Vietnam, partout où les gens ont encore une notion vaguement opérationnelle du mot « travailler ». À ce rythme, même la Corée du Nord deviendra plus compétitive que nous. Caron pourra alors contempler le résultat en disant : « Vous voyez ? Le travail disparaît. C’était ma vision. » L’homme invente littéralement le chômage circulaire : moins on travaille, moins il y a de production ; moins il y a de production, plus les entreprises ferment ; plus elles ferment, moins il y a de travail. Et comme il est fier de lui, il interprétera cette catastrophe comme une validation intellectuelle. Il dira probablement : « Je l’avais prévu. La preuve que j’avais raison. » Il pourrait mettre le feu à une maison et se féliciter ensuite qu’elle ait brûlé exactement comme il l’avait imaginé. En plus, décroissance et hop une mesure qui peut aussi résoudre le réchauffement climatique. Imaginez la vie dans la France rêvée par Caron. Les salariés arriveraient au travail à 10h30, prendraient un café, parleraient de l’effondrement du capitalisme, feraient semblant de répondre à un e-mail, puis repartiraient à 13h en expliquant qu’ils sont épuisés. Dans les entreprises, les managers joueraient au sudoku, faute de salariés présents plus de deux heures consécutives. Les chaînes de production s’arrêteraient en permanence, un peu comme le cerveau de Caron lorsqu’on prononce les mots « économie », « réalité » ou « cohérence ». Quant aux prix, ils s’envoleraient. Un paquet de pâtes coûterait bientôt l’équivalent d’un loyer parisien. Mais Aymeric Caron ne s’en soucierait pas : il vit dans un monde où l’argent n’existe pas vraiment, où la richesse se crée par la méditation collective et où le PIB est une oppression patriarcale inventée par les « forces du marché », ces monstres qu’il voit probablement sous son lit. Le plus fascinant est la manière dont Caron parvient toujours à prendre une mauvaise idée et à l’améliorer jusqu’à ce qu’elle devienne absolument catastrophique. En vérité, sa semaine de 15 heures n’a qu’un mérite : elle révèle exactement le niveau de sérieux qu’il faut accorder à ses opinions. On peut rire, on doit rire, et surtout ne jamais, jamais envisager une seule seconde d’en appliquer la moindre parcelle. Car avec Aymeric Caron, il y a une règle simple : s’il a une idée, il ne faut pas la suivre. S’il a une intuition, il faut faire l’inverse. Et s’il propose quelque chose pour la France, il faut immédiatement vérifier que son passeport n’est pas périmé.
Aymeric Caron propose la semaine de 15 heures en citant Keynes : on hésite entre le fou rire ou la consternation !








