Cancer colorectal : une toxine dans le viseur de la recherche

Publié le
Lecture : 3 min
cancer-colorectal-une-toxine-dans-le-viseur-recherche
cancer-colorectal-une-toxine-dans-le-viseur-recherche | www.nlto.fr

Une nouvelle piste suscite l’intérêt des chercheurs pour expliquer l’augmentation des cancers digestifs chez les moins de 50 ans. Une toxine, produite naturellement dans les intestins, pourrait jouer un rôle inattendu.

Le 23 avril 2025, une étude scientifique parue dans la revue Nature a mis en lumière un élément potentiellement impliqué dans certains cas de cancer colorectal. Ce facteur, la colibactine, est une toxine produite par des bactéries habituellement présentes dans l’organisme. Ce lien entre microbiote et maladie pose de nouvelles questions sur la manière dont certains cancers peuvent se développer plus tôt que prévu.

Une étude de grande envergure pour comprendre un phénomène préoccupant

L’étude a été conduite par une équipe de l’Université de Californie à San Diego. Elle s’est appuyée sur l’analyse de 981 génomes de tumeurs colorectales provenant de patients répartis dans onze pays. Les chercheurs ont identifié, dans un grand nombre de cas chez des patients jeunes, des mutations précises de l’ADN qui semblent liées à la présence d’une toxine bactérienne : la colibactine.

Cette toxine est produite par certaines souches d’Escherichia coli, une bactérie que l’on trouve naturellement dans les intestins. Elle pourrait, selon les chercheurs, provoquer des dommages dans le matériel génétique des cellules intestinales. Avec le temps, ces altérations pourraient favoriser l’apparition de cellules anormales, puis de tumeurs.

Les résultats ont montré que les traces laissées par cette toxine étaient plus fréquentes chez les personnes de moins de 40 ans atteintes d’un cancer colorectal, comparées à celles de plus de 70 ans. Cette observation laisse penser que l’exposition à la colibactine pourrait intervenir très tôt dans la vie, parfois même dans l’enfance.

Une toxine produite dans notre propre microbiote

La particularité de cette toxine, c’est qu’elle est produite par des bactéries présentes dans le corps humain. Ces souches particulières d’E. coli possèdent un groupe de gènes, appelé « pks », qui leur permet de fabriquer la colibactine. Ce n’est donc pas une substance venue de l’extérieur, mais un composé généré directement dans les intestins.

La colibactine est capable d’endommager l’ADN des cellules avec lesquelles les bactéries sont en contact. Ces dommages peuvent être réparés par l’organisme, mais s’ils ne le sont pas, ils peuvent s’accumuler et conduire à des mutations. Avec le temps, ces mutations peuvent favoriser le développement d’un cancer.

Ce lien entre une toxine intestinale et des cancers colorectaux ne signifie pas que toutes les personnes porteuses de ces bactéries développeront la maladie. Il s’agit d’un facteur de risque possible parmi d’autres. Toutefois, la découverte attire l’attention des scientifiques sur le rôle du microbiote intestinal, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes qui vivent dans notre système digestif.

Une tendance mondiale qui alerte les professionnels de santé

Depuis une vingtaine d’années, les médecins observent une augmentation régulière du nombre de cas de cancers colorectaux chez les jeunes adultes. En France, environ 47 000 personnes sont diagnostiquées chaque année, et le cancer colorectal est la deuxième cause de décès par cancer. Chez les 15-39 ans, le taux de nouveaux cas a augmenté en moyenne de plus de 1 % par an entre 2000 et 2020.

Cette tendance est également constatée à l’étranger. Une vingtaine de pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, le Chili ou la Nouvelle-Zélande, enregistrent une hausse similaire. Ce phénomène touche souvent des patients qui ne présentent pas les facteurs de risque habituels, comme une mauvaise alimentation, la consommation d’alcool ou le tabagisme.

C’est précisément cette absence d’explication évidente qui a conduit les chercheurs à explorer d’autres pistes. Le rôle potentiel de la colibactine permettrait d’apporter une réponse partielle à cette hausse de cas, en particulier chez les jeunes qui n’ont pas encore l’âge recommandé pour effectuer des dépistages réguliers.

Des résultats à confirmer, mais une piste sérieuse

Même si les résultats de cette étude sont jugés solides, les chercheurs restent prudents. Pour l’instant, il s’agit d’une association : les mutations observées sont typiques de celles que la colibactine peut provoquer, mais cela ne prouve pas que cette toxine est à l’origine directe des cancers.

D’autres recherches seront nécessaires pour comprendre comment la toxine agit, dans quelles conditions elle est produite, et pourquoi certaines personnes sont plus exposées que d’autres. Il faudra aussi déterminer si des mesures de prévention peuvent être envisagées, par exemple en surveillant la présence de ces bactéries chez les jeunes enfants ou en développant des traitements ciblés contre cette toxine.

Il existe déjà des pistes. Certains scientifiques travaillent sur des moyens de bloquer la production de colibactine par les bactéries, ou de modifier le microbiote pour réduire la présence de ces souches particulières. D’autres réfléchissent à des tests de détection permettant de savoir si une personne a été exposée à cette toxine.

Laisser un commentaire